Une autre piste est bien sûr celle de mettre en liberté un certain nombre de personnes dont on considèrerait qu'elles ne sont pas à leur place en prison: on pense notamment aux prévenus; mais également aux vieux détenus, ou encore aux détenus souffrant de troubles psychiatriques.
Parmi les personnes incarcérées, on appelle prévenu quelqu'un n'ayant pas été condamnée définitivement: soit qu'elle n'a pas encore été jugée, soit qu'elle utilise les recours qui sont à sa disposition (appel, cassation).
La détention provisoire peut avoir plusieurs justifications: il peut s'agir de maintenir l'ordre public si la personne, mise en liberté risquerait de mettre en danger la sécurité d'autrui, cela peut être utilisé pour empêcher que l'accusé ne fasse pression sur des témoins ou ne tente de gêner l'enquête. Enfin, bien souvent, il s'agit de s'assurer de la présence de la personne au moment du jugement, de l'empêcher de se dérober à la justice. À ce propos, on constate une grande "inégalité" en ce qui concerne la détention provisoire: les plus pauvres vont plus en détention provisoire que les riches; en effet, il est plus facile de s'assurer de la présence le jour de l'audience de quelqu'un qui a un emploi stable, une famille et est propriétaire de son logement que de quelqu'un qui est au chômage sans domicile bien établi.
On a vu plus haut que les prévenus représentent un peu plus du tiers de la population carcérale en France. Il est clair que la diminution de la détention provisoire est un but essentiel, il est pourtant difficile de savoir exactement l'effet que cela aura sur l'évolution de la population carcérale. En effet, on peut se dire que, la grande majorité de prévenus étant condamnés (même si tout de même 3% d'entre eux ne sont pas condamnés), cela n'aurait que peu d'effet sur le nombre de détenus: les condamnés effectureaient leur peine après la condamnation alors qu'en l'état actuel ils est effectuent une partie avant. En fait, cette analyse est un peu simpliste pour plusieurs raisons: d'abord, il est avéré que l'on est très souvent condamné au minimum à la durée d'emprisonnement déjà effectuée avant le procès; par ailleurs, cela limite les possibilités d'utiliser des peines alternatives à l'emprisonnement.
On n'insiste pas ici sur les autres motifs de contester la détention provisoire (injustice qu'il y a à être emprisonné avant d'avoir été jugé, d'autant plus pour les innocents, confusion du sens de la peine quand la condamnation en justice s'avère être ce qui permet de sortir de prison, minimisation de l'utilisation des recours (si on doit sortir de prison peu après la condamnation, on ne va pas faire appel de la décision puisque cela augmenterait la durée de détention...))
La loi du 9 septembre 2002 prévoit une augmentation de l'usage du bracelet électronique, notamment pour diminuer le nombre de détentions provisoires. Il est prévu d'avoir 3000 bracelets fonctionnant en 2006.
Les vieux détenus sont de plus en plus nombreux du fait de l'allongement des peines: au 1er septembre 2002, il y avait en prison 1683 détenus de plus de 60 ans dont 369 de plus de 70 ans, 39 de plus de 80 ans et 2 de plus de 90 ans.
Entrée en vigueur le 4 mars 2002, la loi sur les droits des malades prévoit la possibilité de suspendre la peine des condamnés atteints d'une maladie "engageant le pronostic vital" ou bien dont l'"état de santé est durablement incompatible avec le maintien en détention". C'est ce dernier cas qui s'est appliqué pour Maurice Papon en septembre dernier.
Pour l'instant, ces suspensions de peine ont été peu nombreuses: 14 au début octobre 2002.
Même si cette mesure aura peu d'influence sur le nombre de détenus, on ne peut qu'espérer qu'elle soit mieux appliquée.
les conclusions d'une étude de 2001 indiquent que 55% des détenus souffrent de troubles psychiatriques. Cette psychiatrisation de la détention qui est évidemment une cause et une conséquence des mauvaises conditions de vie en détention est très problématique, les structures de soins psychiatriques en prison n'étant pas bien adaptées à cela, la projet présenté en novembre semble proposer la construction d'un établissement pénitentiaire hospitalier spécialisé.
Un point intéressant est la diminution du nombre de déclarations de cas d'irresponsabilité pour démence aux procès en assises. Une des raisons est sans doute la diminution de 60% du nombre de lits en hôpital psychiatrique, les experts psychiatriques étant des cliniciens (mais peut-être que par le passé, l'effet était un peu inversé). Par ailleurs l'article 122.1 du noveau code pénal indique que même si le discernement de l'accusé était aboli, il peut rester punissable. Enfin, il n'est pas certain que la situation dans les hôpitaux psychiatriques soit toujours enviable par rapport à celle des prisons.