Les chiffres sont éloquents: en août 2002, il y avait 55879 détenus dont 18121 prévenus et 37758 condamnés (les prévenus représentent donc 32,4% de la population carcérale) pour 47473 places de prison.
Quelques chiffres un peu plus anciens: En 1975, 26032 détenus, 42937 en 1985 et 52961 en 1999.
La surpopulation carcérale est un phénomène réservé aux maisons d'arrêt, les établissements pour peines respectant le principe de l'encellulement individuel (alors que d'après le rapport du Sénat, il semble que maisons d'arrêt et établissements pour peines soient astreints aux mêmes obligations à ce propos). Pour autant, ce n'est pas de places en maison d'arrêt qu'on manque: étant donné que les maisons d'arrêt ne devraient accueillir que des prévenus et des condamnés dont le reliquat de peine est inférieur à un an, il apparaît que, fin 2001, il y avait un excédent de 2107 places en maison d'arrêt tandis qu'il manquait 6939 places en centre de détention.
Par ailleurs on notera que dans les établissements à gestion mixte (c'est-à-dire ceux où l'entretien de la prison, la nourriture des prisonniers et la gestion de la cantine est laissé à un gestionnaire privé), la surpopulation se fait moins sentir: l'État doit payer une indemnité au gestionnaire si l'occupation de la prison dépasse 120%...
Les problèmes liés à la surpopulation carcérale sont énormes. Il y a d'abord et essentiellement l'influence sur les conditions de vie des détenus: promiscuité, manque d'intimité (les sanitaires ne sont souvent séparés du reste de la cellule que par un tissu posé par les détenus, quand il y en a un...), agressions et viols. Il y a ensuite le problème lié à la grande difficulté de mener un travail de réinsertion dans un prison surpeuplée, et cela, ce n'est pas juste un problème pour les détenus: c'est un problème pour toute la société dans laquelle les détenus auront plus de mal à se réinsérer à leur sortie (il ne faut pas perdre de vue que l'immense majorité des détenus "passe" en prison et retourne en liberté, les très longues peines ne sont bien sûr que très minoritaires).