Shoah



«Oublier le passé, c'est se condamner à le revivre.»
       Primo Levi, Si c'est un Homme

Projet

Présentation

Alors que nous avons commémoré en France les soixante ans de la libération d’Auschwitz (date choisie en France pour la commémoration de la Shoah [1]), plusieurs d’entre nous se sont étonnés que rien ne soit fait au sein de l’Ecole. C’est ainsi qu’est née peu à peu l’idée de commémorer ensemble, en associant les élèves de tous les départements, cette blessure ouverte de l’histoire de l’Europe et de sa mémoire, que chaque génération a désormais à assumer et à penser [2].

L’idée bien entendu nous a d’abord intimidés : comment organiser quelque chose qui soit à la hauteur ? D’autant plus que nous n’avons pour le moment aucun précédent pour nous aiguiller. Comment expliquer d’ailleurs que le besoin et la volonté d’organiser la commémoration à l’Ecole apparaissent enfin, soixante ans après ? Les critiques et les problèmes ne tardèrent pas non plus : quelle utilité dans une institution où tous les élèves sont censés avoir une connaissance suffisante des évènements ? Mais savons-nous seulement ce qui s’est passé sous Vichy à l’Ecole [3] ? Le savoir est-il suffisant à rendre la mémoire vivante et engagée dans le monde ? Pourquoi commémorer le génocide de la seconde guerre mondiale et pas les autres [4] ? Mais commémorer l’un n’est-ce pas justement apprendre à voir les autres . Et encore : comment nommer ce que nous voulions commémorer : l’Holocauste, la Shoah, le génocide juif ? Comment rendre compte de la spécificité de la persécution des juifs sans oublier les tziganes, les homosexuels mais aussi les résistants, les communistes, les « asociaux » [5] ?

Ces questions, nous fûmes les premiers étonnés de ne pouvoir pas y répondre facilement. La vivacité des débats révélait cependant l’importance de l’enjeu, la difficulté de l’entreprise et la nécessité de ne pas l’esquiver. Elles nous indiquent plusieurs choses : l’ignorance qui surgit souvent comme l’ombre de nos certitudes, la fragilité et l’indétermination de notre mémoire collective, et enfin souvent l’absence de réponse simple et définitive à ces questions qui sont notre héritage commun.

Ce sont ces différentes interrogations qui ont dessiné les contours du projet. Inversement, il apparaissait de plus en plus clairement à leur lumière, qu’aucune commémoration ne pouvait se faire

  1. sans une réflexion sur « le devoir de mémoire » et les deux écueils qui le menacent : la sacralisation et la banalisation.
  2. sans le temps d’interroger et de « faire vivre » en nous cette mémoire qui avant d’être collective, ne peut être que personnelle et intime.
  3. sans une réflexion sur les moyens mêmes de sa transmission. L’Ecole est sans doute le premier lieu où la question se pose.
  4. sans une réflexion dès lors sur les liens entre histoire et mémoire, le passé se reflétant et se déformant par le prisme de la mémoire dans notre présent. Au moment où l’Europe s’élargit, où les menaces du populisme et de l’antisémitisme reprend vigueur et où l’engagement intellectuel et politique est désormais problématique, il ne nous semble pas vain d’y réfléchir malgré l’apparent consensus.

En proposant une semaine entière consacrée à cette mémoire, nous avons voulu prendre le temps d’explorer toutes ces facettes et questions, sans prétendre y apporter de réponse dogmatique et définitive mais en invitant chacun à les aborder.



Dan Arbib, Pierre Bertrand, Marianne Blanchard,
Florent Buisson, Irène Favier, Mathilde Gaini,
Sarah Galer, Hélène Harder, Julie Le Mazier,
Céline Mistretta, Vincent Pilaud, Frédéric Sarter,
Claire Scotton, Thomas Wieder.

Programme

La Semaine de Commémoration et de Réflexion sur la Shoah à l'École Normale Supérieure aura lieu du lundi 11 au dimanche 17 avril 2005. Nous proposons le programme suivant :

Programme




NOTES


  1. Le 18 octobre 2002, les ministres européens, réunis au Conseil de l’Europe, ont décidé d’établir dans les établissements scolaires des quarante-huit pays signataires de la Convention culturelle une journée à « la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité. Chaque pays est libre de choisir la date : la Pologne par exemple a choisi la date du début de l’insurrection du ghetto de Varsovie (avril-mai).
  2. Le « souviens-toi » (Izkor) serait-il la forme contemporaine du « connais-toi » ?
  3. Un ouvrage vient de paraître sur cette question : Les normaliens dans la tourmente (1939-1945) de Stéphane Israël, archicube.
  4. Cet argument qui nous a souvent été donné tombe dans la sinistre et fausse croyance qu’il y aurait une concurrence des victimes et des mémoires. Les faits prouvent le contraire : le film de Resnais a délié les langues sur ce qui se passait en Algérie, la Fondation de la Shoah milite pour la reconnaissance du génocide arménien, la meilleure enquête à ce jour sur le génocide au Rwanda a été menée par Jean Hatzfeld qui établit lui-même un lien entre la nécessité pour lui de témoigner de ce qui se passait au Rwanda et le fait d’avoir perdu une partie de sa famille dans les camps nazis…nous pourrions multiplier les exemples.
  5. Et dès qu’on se livre à ce genre d’énumération, on s’aperçoit avec effroi que ce sont les catégories mêmes instaurées par les nazis pour classer les prisonniers dans les camps qui ressurgissent dans notre langue ordinaire. Cf L’espèce humaine de Robert Antelme.
  6. Vichy, un passé qui ne passe pas ; l’Etat hitlérien et la société allemande
  7. Auschwitz, soixante ans après ; Passant, souviens-toi ! les lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale ; Déportation et génocide : entre la mémoire et l’oubli

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Lectures

Lecture de témoignages écrits par des survivants des camps


Ruth Klüger, Refus de témoigner, 1992, traduction française chez Viviane Hamy

Ruth Klüger naît à Vienne en 1931 et y subi les persécutions nazies dans la ville occupée après l’Anschluss. En 1942, à 11 ans, elle est déportée avec sa mère à Theresienstadt puis à Auschwitz. Elle parvient alors malgré son jeune âge à être déplacée avec sa mère dans le camp de travail de Christianstadt et sauve sa vie. En février 1945 alors que les Allemands reculent avec les déportés valides elles parviennent à s’échapper et émigrent aux Etats-Unis en 1947. Ruth Klüger retrouve sa langue maternelle grâce à la littérature allemande qu’elle a enseignée dans diverses universités américaines. Son ouvrage Refus de témoigner retrace son parcours de sa naissance à l’écriture de son livre. Il a reçu le Prix Grimmelshausen.


Primo Levi, Si c’est un homme, 1947, Pocket

Primo Levi est un juif italien né à Turin. Arrêté en février 1944 comme résistant il est déporté à Auschwitz où il restera jusqu’en janvier 1945, date de libération des camps par les Soviétiques. Son premier livre Si c’est un homme paru en 1947 est le journal de sa déportation et parmi les premiers témoignages sur l’horreur d’Auschwitz. Publié dans un petite maison d’édition italienne il attendra dix ans avant d’être mondialement reconnu comme chef d’œuvre.


Imre Kertész, Etre sans destin, 1975, traduction française en 1998 chez Actes Sud

Imre Kertész, écrivain juif hongrois, est né à Budapest en 1929. Déporté en 1944 à Auschwitz puis à Buchenwald, il en est libéré en 1945. Il publie Etre sans destin en 1975, dans une indifférence générale. Il faudra attendre la chute du mur de Berlin pour qu’il soit lu et reconnu dans son pays. En octobre 2002, il reçoit le prix Hans Sahl pour l’ensemble de son œuvre, ainsi que le prix Nobel de littérature.


Charlotte Delbo, Auschwitz et après, Aucun de nous ne reviendra, Editions de minuit, 1970

Charlotte Delbo est née le 10 août 1913 à Vigneux sur Seine. Elle fait partie des jeunesses communistes avant de devenir l'assistante de Louis Jouvet. Elle participe à un réseau de résistance et est arrêtée le 2 mars 1942 avec son mari, Georges Dudach. Il sera fusillé au Mont Valérien, le 23 mai 1942. D'abord emprisonnée à la Santé, elle sera déportée à Auschwitz, par le convoi du 24 janvier 1943. Elle est l'une des 49 femmes rescapées de ce camp. Libérée en 1945, elle travaille pour l'O.N.U. puis à partir de 1960, pour le C.N.R.S. tout en menant une carrière littéraire.


Prendre le bon Dieu de vitesse (entretiens de Hannah Krall avec Marek Edelman, 1977), in Mémoires du ghetto de Varsovie, éditions du scribe, 1983

Né à Varsovie en 1921, Edelman, adhérent au Bund (mouvement ouvrier juif) fut le seul survivant parmi les 5 membres de l’état-major de l’insurrection du ghetto de Varsovie, qui débuta le 19 avril 1943. Devenu cardiologue, habitant toujours en Pologne, il fut en 1981 délégué au congrès de Solidarnosc. Hannah Krall est une journaliste juive polonaise, née en 1937.


Ana Novac, Les beaux jours de ma jeunesse, Paris, Gallimard, Folio

Ce livre est le journal intime d’Ana Novac, qu’elle rédigeât à Auschwitz à l’âge de 14 ans. Elle est devenue après la guerre auteur dramatique en Roumanie, qu’elle fuit au milieu des années 50. A Berlin ouest, où elle s’installe, elle écrit pour le théâtre, témoignant de son choix, résister par la lucidité. Installée en France depuis 1968, Ana Novac a publié romans et pièces de théâtre écrits en français, chez Calmann-Lévy, et aux Editions du Rocher.


Robert Antelme, l'Espèce humaine, Gallimard, Paris, 1957

Robert Antelme entre en 1943 dans la Résistance. Arrêté par la Gestapo, emprisonné à Fresnes, il est déporté en juin 1944 et reste près d'un an prisonnier des camps nazis (Buchenwald, Dachau). L'Espèce humaine, « livre des camps » écrit aussitôt après sa libération, témoigne de sa lutte perpétuelle contre la tentative nazie de déshumanisation des victimes. En 1946, Antelme s'inscrit au Parti communiste qu'il quittera, aussitôt connue l'existence de camps en Union soviétique. Dès 1955, il n'aura de cesse de dénoncer la guerre d'Algérie. Il meurt en 1990, à l'âge de 73 ans.


Jean Améry , Par-delà le crime et le châtiment, Essai pour surmonter l'insurmontable, 1966, traduit en français en 1995 chez Actes Sud

Né en 1912 à Vienne, Hanns Maier prit en 1955 le nom de Jean Améry. Torturé par la Gestapo pour son activité dans la Résistance belge, déporté ensuite à Auschwitz parce que juif, le philosophe autrichien survécût aux persécutions nazies. Vingt ans après, dans Par- delà le crime et le châtiment, il fait le constat sans espoir de l'inutilité de l'esprit dans le camp nazi. Il fut l'un des critiques littéraires les plus intransigeants de la RFA et de la Suisse. Il s'est donné la mort en 1978.



Cette séance a été préparée par Mathilde Gaini et Claire Scotton. Les textes seront lus par Matthieu Protin, Hervé Charton, Muriel Hirsch, Constanze Fritzsch, Claire Scotton et Mathilde Gaini.



Projection

«Il faudra raconter», Daniel et Pascal Cling

Projection en présence de Maurice CLING, déporté à Auschwitz, et de ses fils, Daniel et Pascal CLING, réalisateurs du film. Débat animé par Irène Favier, élève de l'ENS.

Synopsis (Arte)

À travers les témoignages de quatre rescapés d’Auschwitz qui parcourent les écoles pour témoigner, une interrogation sur la transmission et sur ce qu’il adviendra de la mémoire de la Shoah une fois les survivants disparus.

Il faudra 
raconter

Ils s’appellent Maurice, Ida, Henri et André et ont été déportés à Auschwitz. Chacun aborde ce qu’il a vécu à sa façon, avec sa sensibilité. Tous s’appliquent à le raconter avec la même conviction, le même sens du devoir. Ils témoignent dans les écoles, en France et en Allemagne, accompagnent des groupes scolaires à Auschwitz. Tant qu’ils le pourront, ils parleront, non pas à la place mais en mémoire de ceux qui ne sont pas revenus. Ceux qui mouraient dans les camps disaient : “Il faudra raconter.” 97 % des déportés n’ont jamais pu le faire. Les survivants sont l’arbre qui cache la forêt. Quand ils disparaîtront à leur tour, ils rejoindront cette forêt à jamais muette...

La mémoire des camps Les images d’archives et les monuments commémoratifs resteront, mais la parole est nécessairement amenée à s’éteindre. Quelle forme prendra la mémoire des camps lorsque les derniers témoins disparaîtront à leur tour ? Cette interrogation est à la base de la démarche des deux réalisateurs, dont le père, Maurice Cling, rescapé d’Auschwitz et professeur d’université à la retraite, est un des personnages du film. Daniel et Pascal Cling ont accompagné Maurice, Ida, Henri et André dans tous les moments où ils perpétuent la mémoire de la déportation. Ces témoins évoquent le travail de transmission et leur propre fin, inéluctable et imminente. Cette disparition prochaine, que l’âge devrait rendre naturelle, ne le sera jamais tant leur survie est restée une interrogation.


Contacter Pascal Cling (réalisateur du film).



Temoignage

Conférence et débat en présence de Simone VEIL

Organisé par Dan Arbib, élève de l'ENS.

Biographie (Arte)

Simone Veil, née à Nice en 1927, est déportée à Auschwitz à 17 ans, en 1944. Au retour du camp, elle entreprend des études de droit puis se dirige vers la magistrature. Elle est la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature en 1970. Elle devient ministre de la Santé de 1974 à 1979. Pour les Français, son nom reste attaché à la loi sur le droit à l’avortement de 1975, qu’elle fait passer au Parlement après une âpre bataille. Candidate centriste, elle est élue au Parlement européen en 1979. Élue présidente de cette Assemblée de 1979 à 1982, elle y défend sa vision fédéraliste et supranationale de l’Europe et insiste sur les enjeux de la paix, de la liberté, du bien-être pour les peuples qui la composent.

Simone Veil


Devoir 
de Memoire

« Entre histoire et mémoire. Comment enseigner la Shoah aujourd’hui ? »

Cette séance de réflexion sur la construction et la transmission de la mémoire se tiendra en présence de Henry ROUSSO, Annette WIEVIORKA et Iannis RODER. Elle sera animée par Hélène Harder et Thomas Wieder, élèves de l'ENS, qui s'appuiront sur le dossier qu'ils ont préparé.

Bibliographie sélective

Georges BENSOUSSAN, « Histoire, mémoire et commémoration. Vers une religion civile », Le Débat, n°82, novembre-décembre 1994.
- Auschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire, Paris, Mille et une nuits, 1998.

Philippe BERNARD, « L’attitude réfractaire de certains élèves oblige les enseignants à repenser leurs cours sur la Shoah », Le Monde, 26 janvier 2005. (cf. dossier)

Dominique BORNE, « Faire connaître la Shoah à l’école », Les cahiers de la Shoah, n°1, 1994. (cf. dossier)

Sophie ERNST, « D’abord enseigner l’histoire ou « devoir de mémoire » ? », Le Monde, 26 janvier 2005. (cf. dossier)

Benoît FALAIZE, « Peut-on encore enseigner la Shoah ? », Le Monde diplomatique, mai 2004, p.8. (cf. dossier)
[Professeur d’histoire à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Versailles, Benoît Falaize a participé en 2003 à l’étude de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP), intitulée « Entre mémoire et savoir, l’enseignement de la Shoah et des guerres de décolonisation ». Cette étude est consultable sur le web à l’adresse suivante : http://www.inrp.fr/philo/mem_hist/rapport/accueil.htm]

Jean-François FORGES, Eduquer contre Auschwitz, Paris, Pocket, 2004, coll. « Agora ».

Jean-Michel LECOMTE, Enseigner l’Holocauste au XXIe siècle, Strasbourg, Editions du Conseil de l’Europe, 2001.
[Guide destiné aux enseignants d’histoire, à compléter avec L’Holocauste dans les programmes scolaires : un point de vue européen, Strasbourg, Editions du Conseil de l’Europe, 1998.]

Primo LEVI, Le devoir de mémoire (entretien avec Anna Bravo et Federico Cereja), Paris, Mille et une nuits, 1995.

Henry ROUSSO, Le syndrome de Vichy. 1944-198..., Paris, Seuil, 1990, coll. « Points-Histoire ».
- Vichy. Un passé qui ne passe pas, avec éric Conan, Paris, Fayard, 1994, coll. « Pour une histoire du XX e siècle »
- La Hantise du passé (entretien avec Philippe Petit), Paris, Textuel, 1998.
- « Réflexions sur l’émergence de la notion de mémoire », in Martine Verlhac (dir.), Histoire et Mémoire, Grenoble, CRDP, 1998.

« Transmettre la mémoire de la Shoah », Le Débat, n°96, septembre-octobre 1997.
[Articles de Rony BRAUMAN, « Mémoire, savoir, pensée » ; Jean-François FORGES, « Pédagogie et morale » ; Philippe JOUTARD, « Une tâche possible » ; Robert REDEKER, « Shoah et la Shoah : s’orienter dans la mémoire » ; Emma SCHNUR, « Pédagogiser la Shoah ? » et « La morale et l’histoire » ; Paul THIBAUD, « Un temps de mémoire »]

Annette WIEVIORKA, Déportation et Génocide. Entre la mémoire et l’oubli, Paris, Plon, 1992.
- L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998.
- Auschwitz. 60 ans après, Paris, Robert Laffont, 2005.



ENS

«Les normaliens dans la tourmente», Stéphane ISRAEL

En présence de l'auteur, Stéphane ISRAEL et de Stéphane HESSEL. Séance animée par Hélène Harder, élève de l'ENS.

Les 
normaliens dans la tourmente

Résumé (Éditions Rue d'Ulm)

Dans les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, l’École normale supérieure de la rue d’Ulm a vécu au rythme des événements qui ont bouleversé la France.

S’y sont croisées des figures aussi différentes que Jérôme Carcopino – directeur de l’École et un temps ministre à Vichy –, Jean Cavaillès – « philosophe bourré d’explosifs» – et Henri Cartan – le père des mathématiques modernes. Des jeunes gens appelés à un brillant avenir y ont fait leurs premières classes universitaires. Pêle-mêle, Maurice Clavel, Jean Delumeau, Pierre Moussa, René Rémond ou Jean-François Revel pour les lettres, Marcel Boiteux, Georges Debreu ou René Thom pour les sciences. Tandis que les candidats juifs, interdits de scolarité, se voyaient attribuer des numéros « bis » en cas de réussite au concours.

Alors les normaliens ont à la fois beaucoup travaillé et, pour certains, beaucoup résisté. Robert Salmon a fondé Défense de la France. Henri Plard a passé trois mois à Drancy pour avoir porté l’étoile jaune alors qu’il était protestant. La Gestapo a fait irruption rue d’Ulm la nuit du 4 août 1944. Elle a arrêté le directeur adjoint Jean Bruhat et le secrétaire général Jean Baillou. Le premier n’est jamais revenu de Buchenwald.

Soixante ans après, c’est cette histoire que retrace Stéphane Israël au terme d’une enquête sur les normaliens des promotions 1937 à 1943 et sur l’administration et les enseignants de l’École pendant la Seconde Guerre mondiale. L’histoire totale d’un passé qui ne passe pas.



Memoire et 
politique



«Personne n'est une île, entière en elle-même ; tout homme est morceau de continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l'Europe en est amoindrie tout autant que s'il s'agissait d'un promontoire, ou que s'il s'agissait du manoir d'un de tes amis ou du tien propre : la mort de chaque être humain me diminue, parce que je fais partie de l'humanité, et donc, n'envoie jamais demander «pour qui sonne le glas ?» ; il sonne pour toi.»

John DONNE, Méditation XVII, sur la maladie et la mort

Pour clore une semaine consacrée au souvenir et au devoir de mémoire, nous avons voulu parler le dernier jour du présent et de l'avenir ; en effet, il importait de rappeler une dernière fois que commémorer la Shoah, ce n'est pas seulement, comme on essaie parfois de nous le faire croire, remuer un passé douloureux par masochisme ou par goût morbide. D'abord, il y a un devoir de mémoire envers les victimes et leurs proches ; mais pas uniquement : même le jour où tous ceux qui ont souffert seront morts, il faudra encore se souvenir, pour que cela ne puisse jamais se reproduire (au moment où il planifiait la Shoah, Hitler a déclaré : «après tout, qui parle encore aujourd'hui de l'annihilation des Arméniens ?»). En effet, comme le souligne le film projeté mardi, la Shoah n'était pas seulement un crime contre les juifs, mais bien un crime contre l'humanité. C'est au fond cela que nous dit John Donne et que contestent les négationnistes de tout poil : les victimes du génocide nazi étaient des juifs et des tziganes, mais cela nous concerne tous même si nous ne sommes ni l'un ni l'autre, car à travers eux, c'est ce qu'il y a d'humain en tout homme - la dignité personnelle, l'appartenance à une culture - qui était nié.

Cinquante ans après les procès de Nuremberg, dix ans après le génocide du Rwanda, et alors que certains voudraient une «concurrence entre les victimes» («mon génocide est plus important que le tien !»), les questions qui se posent à nous aujourd'hui sont :



Cette séance de réflexion sur l'actualité de la Shoah se tiendra en présence de Claude Askolovitch, Michel WIEVIORKA et Sophie ERNST. Elle sera animée par Florent Buisson, Irène Favier et Céline Mistretta, élèves de l'ENS.



Musees

Memorial de la Shoah

Serge
Klarsfeld





Musee d'Art er d'Histoire du Judaisme

Le Mémorial de la Shoah, un outil pour le temps présent

Le Mémorial de la Shoah a ouvert ses portes au public en janvier 2005, rue Geoffroy l'Asnier, sur le site du Mémorial du Martyr Juif Inconnu.

Installée au tournant du « siècle des génocides », ouverte sur le siècle nouveau, cette institution neuve est un pont jeté entre les femmes et les hommes contemporains de la Shoah et ceux qui n'ont pas vécu, ni directement ni par la médiation de leurs parents, cette période historique.

Inscrit dans la continuité du CDJC et du Mémorial Juif du Martyr Inconnu, le Mémorial de la Shoah n'en constitue pas moins une nouvelle étape de la transmission de la mémoire et de l'enseignement de la Shoah, qui étaient jusqu'alors essentiellement portés par les témoins directs de l'extermination des Juifs d'Europe.

Pourquoi et comment « enseigner la Shoah » au XXI ème  siècle ? Ces questions sont au coeur de la mission du Mémorial, au coeur du travail des historiens, chercheurs comme formateurs,  qui animent la vie de ce lieu de rencontre entre tous les publics, grand ouvert sur les nouvelles générations.

Centre de ressources, première archive d'Europe sur la Shoah, le Mémorial est aussi un « musée de la vigilance » conçu pour apprendre, comprendre et ressentir, parce qu'il est nécessaire de construire encore et toujours « un rempart contre l'oubli, contre un retour de la haine et le mépris de l'homme », selon les mots d'Eric de Rothschild, président du Mémorial.

Visite en présence de Serge Klarsfeld.

Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

La conception du parcours tente de rendre compte de l'unité du judaïsme dans le temps, au-delà de l'exil, des ruptures et de la diversité des groupes nationaux et de réfléchir au lien entre la tradition et l'histoire. Elle explore les diverses formes que recouvre la notion d'art juif et montre la richesse des ressources qu'elle peut apporter à la connaissance du monde juif.

Le schéma général fonctionne de la façon suivante : après l'espace d'introduction, chaque salle correspond à une époque dans une aire géographique et culturelle et à un thème.

A l'issue de son parcours, le visiteur aura accompli un périple à travers différentes périodes, eu un aperçu de la diversité des communautés et doit avoir reçu quelques notions essentielles sur les fondements de la culture juive.


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