Un week-end au A6 3/4, épisode I

By Juliette

"OH PUTAIN CETTE FOIS-CI ON VA LE BUTER CE MONSTRE, J'AI LE SUPER POUVOIR DE NIVEAU 24 ET..."

Hein, quoi... Ouvrir les yeux. Regarder le réveil. Merde, samedi matin, 14h, les rôlistes, comme d'hab'. Fait chier, pensa Robin en glissant hors de son lit.

Comme chaque week-end, la table de la cuisine était totalement occupée par un énorme plateau de jeu, et entourée par 6 rôlistes surexcités. "The Call of Cthulhu", pouvait-on lire sur la boîte. "Vous pourriez peut-être hurler moins fort !" s'exclama Robin en se dirigeant vers le frigo.

"BON ON FAIT QUOI AVEC CE PORTAIL INTERDIMENSIONNEL LES GENS ?"

"BAH ON PEUT PAS LE FERMER ALORS JE SUGGÈRE QUE..."

"Faites comme si j'étais pas là surtout hein" maugréa Robin. Bon au moins on ne lui avait pas piqué ses bananes de petit-déj', pensa-t-il en retournant vers sa chambre.

"HEY Y AVAIT PAS UN PION DE GOULE SUR LE PORTAIL ? ON A DÉJÀ PERDU DES DÉS LA SEMAINE DERNIÈRE LES GENS ALORS..."

Sont chiants à force, soupira Robin en croquant dans sa banane et en commençant à faire un truc d'informaticien, à savoir taper très vite sur son clavier sans toucher à la barre d'espace.

Toc toc. Tiens, quelqu'un. Robin se leva et ouvrit la porte de sa thurne. Tiens, personne. Il referma la porte. Toc toc. Tiens... ah mais non, le bruit venait de la porte de la salle de bain en fait. Hein, mais quoi... Il ouvrit brusquement la porte de la salle de bain et tomba nez à nez avec une créature squelettique, à la peau grisâtre et aux yeux injectés de sang.

"Bonjour, je m'appelle Marceline." lui dit-elle le plus courtoisement du monde. "Pourriez-vous m'indiquer où nous nous trouvons ?"

"Euh, bonjour, moi c'est Robin. Là vous êtes dans ma salle de bain."

"Enchanté Robin. Dites-moi mon cher, je n'ai pas encore petit-déjeuné, auriez-vous l'extrême amabilité de m'indiquer l'école maternelle la plus proche ?"

"Oh euh, si vous voulez j'ai des œufs, du pain de mie et de la confiture."

"Ah mais avec plaisir. Vous êtes bien obligeant."

Robin se redirigea à contre-cœur vers la cuisine, qui était toujours aussi bruyante. Il se disait vaguement qu'il y avait quelque chose d'étrange à ce qu'une créature à peine humanoïde apparaisse dans sa salle de bain, mais il chassa rapidement cette idée, il n'était pas encore assez réveillé pour bien appréhender la situation.

"NON MAIS SÉRIEUX ON POURRAIT PAS CHANGER CETTE RÈGLE DÉBILE LES GENS..."

"Dites-moi, ce sont vos amis ? Ils ont l'air fort appétissants..." fit Marceline en passant sa langue sur ses grandes dents pointues et en fixant les rôlistes avec un air gourmand.

"Euh, vous les voulez durs ou au plat vos œufs ?"

"Tiens, salut." fit Basile en passant dans la cuisine avec son panier de linge sale. Ah, il ne savait pas que son voisin de chambre ramenait ses conquêtes à l'étage. Robin avait des goûts un peu bizarres visiblement...

``OH PUTAIN NON, ON A PIOCHÉ LE DÉVOREUR DU CHAOS, C'EST RELOU...''

"Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarggggg !!!!"

Robin lâcha la boite d'òufs et se précipita vers la buanderie. "Oh mon Dieu, venez m'aider, Basile est coincé dans la machine à laver !!!"

Marceline se précipita à la rescousse. Robin retenait par le bras Basile, dont le haut du corps dépassait encore de la machine.

"Non, je vais lâcher..."

"Arg, au secours !"

Soudain, Robin lâcha la main de son ami qui fut happé dans un grand "splotch !" par la machine. Celle-ci ricana méchamment alors que le programme "Coton" se mettait en marche et que le tambour commençait à tourner et à se remplir d'eau.

"Oh non, il va se noyer !" cria Marceline en débranchant la machine à laver.

Robin ouvrit la porte. Mais il n'y avait plus que du linge, Basile avait disparu...

"TIENS, Y AURAIT PAS EU UN CRI ?"

"BON TU JOUES ?"

Robin courut vers sa chambre, ouvrit un terminal IRC et contacta Basile en /query.

Robin - Merde, tu es où ?

Robin - Si c'est une blague, c'est vraiment pas drôle du tout !

Toc toc. Robin alla ouvrir la porte de la salle de bain. Ah non, c'était la porte de la chambre. Ils sont chiants ces gens à pas toujours arriver par la même porte.

"Tout va bien ?" demanda Théophile. "J'ai l'impression qu'il y a eu du boucan ici, enfin je veux dire, plus que d'habitude..."

"Oui oui, tout va bien" répondit sèchement Robin. Merde, il n'allait quand même pas faire confiance à un adepte de vim pour l'aider à démêler les évènements de la matinée.

"Tu sais, même si tu utilises emacs, je peux consentir à t'aider si il y a vraiment un problème"

"Ouais ouais." dit Robin en lui claquant presque la porte au nez et en retournant à IRC. Il étouffa à nouveau un cri.

Basile - Putain, tu vas pas me croire, j'ai atterri sur clipper !

Basile - Je vais enfin pouvoir faire toutes les mises à jour qu'il faut faire depuis quinze ans, c'est trop cool.

Basile - Oh merde, va y avoir un redémarrage ce soir à minuit...

Basile - AU SECOURS !

"Théophile ! Reviens, je vais avoir besoin de toi !" cria Robin en déboulant hors de sa chambre, bousculant Marceline.

Épisode II

By Paul

"Il a ouvert les yeux ! Appelle une infirmière !" s'écria Juliette dans la chambre blanche.

Robin était livide et trempé de sueur mais vivant. Il eut la force de bredouiller un vague " Qu'est-ce qui s'est..." avant de s'évanouir de nouveau.

Quand il revint à lui, il vit tous ses amis autour de lui. Une infirmière était en train de préparer une potion.

"Il faudra arrêter les champis ; vous avez fait un sacré bad trip."

"On t'a retrouvé en pleines convulsions en bédéthèque." dit Juliette.

"Ouais, tu hurlais comme un adolescent dans un film d'horreur cheap." précisa Leïla.

"On croyait que tu faisais un cauchemar, ajouta Théophile. Genre que tu devais debugger le BOcal tout seul après le passage des biologistes. Quand on a vu la bave et la sueur, on s'est dit qu'il y avait un problème... Et puis tu t'es mis à suffoquer... Heureusement, Juliette t'a sauvé la vie : elle t'a fait une manœuvre de Heinrich."

"Heimlich." corrigea cette dernière.

"Ouais, c'est ce que j'ai dit. Bref, on t'a amené à l'hôpital et apparemment, tu as fait une overdose de psilo et tu pouvais plus déglutir... On était loin d'imaginer que tu te foutais en l'air comme ça !"

"Hein euh quoi ? J'ai jamais pris d'hallucinogènes..." protesta Robin.

"Bin tu vas pas nous faire croire que c'est arrivé dans ton estomac par l'opération du Saint Esprit. Nous sommes tes amis, tu le sais. Si tu as des problèmes, tu peux les partager avec nous." dit Sarah.

"Si tu as des psilos aussi, d'ailleurs." glissa malicieusement Paul.

"C'est pas le moment de faire de l'humour, gros malin !" tempêta Juliette en lui donnant une calotte sur la nuque.

"Hé ho, c'est un hôpital ici, gronda l'infirmière. Allez, tout le monde dehors."


"Moi, je fais confiance à Robin, dit Théophile. Je le vois mal se droguer. Surtout avec des champis, c'est beaucoup trop facile comme blague. D'ailleurs, j'ai perdu." reprit Théophile.

"Moi aussi." dirent plusieurs voix dans la pièce.

"Mais alors, qui aurait pu l'intoxiquer ?" demanda Leïla d'un ton lugubre.

Épisode III

By Leïla

"Et surtout, pourquoi Basile ne répond pas à mes appels ?" ajouta Valentin quand on lui eût tout raconté, en pyjama et une carafe de thé à la main. "Je veux dire il est 15h, Robin est à l'hosto et on a [des trucs du spi, ou une histoire à propos du pare-feu de la NSA, le narrateur n'a pas bien compris] à débugger."

"Carrément !" répondit Théophile, en glissant l'air de rien un peu de chartreuse dans la tasse de Valentin. "On s'y met ?"

Ils sortirent leurs ordinateurs, Valentin notant qu'il avait bien fait de craquer sur ce nouveau thé vert, tout de même, tandis qu'une douce mélodie de metal symphonique envahissait l'étage. Absorbés dans d'étranges manipulations, ils ne remarquèrent pas la silhouette squelettique qui farfouilla un instant dans les placards à vaisselle, ni les glapissements de Sarah contre la machine à laver qui gardait son linge en otage, ni les hurlements des rôlistes à l'étage inférieur. À vrai dire, Théophile ne voyait que les lignes de code qui défilaient, et Valentin se fascinait pour la douceur supposée de la peau de Théophile, ses longs cheveux, et contemplait de temps à autre, rêveusement, son visage concentré...

Las ! L'arrivée de Robin, encore un peu sonné par son lavement d'estomac, rompit le charme.

"Dites, vous auriez pas vu mon épluche légumes ?"

"Non" répondit sèchement No en passant la tête par la porte de sa chambre. "Tu peux en prendre un, mais il s'appelle reviens."

"Et si tu pouvais dire aux rôlistes de faire leur putain de vaisselle..." intervint Leila. "Regarde ce bol ! Ils ont même pas rincé la sauce, là"

Elle pointait d'un doigt rageur une étrange substance brun-rouge au fond du bol en grès. Robin, ne put résister à l'envie de goûter ce qui ressemblait à une drôle de sauce tomate. Curieux... Un peu métallique, pas du tout un goût de tomate. Un truc impliquant des épices ?

"Mmh c'est pas mauvais. Bizarre mais pas mauvais. Mais jcrois pas que ce soit aux rôlistes, ils étaient tous partis quand je suis rentré de l'hosto."

"Ah oui tu vas mieux d'ailleurs ?" Interrogea Valentin, sortant de sa transe.

"Et il te reste des champis ?" - Paul et Leila, en coeur.

"Euh..." Hésita Robin en rouvrant la porte "Je suis pas sûr d'être remis... Ou alors quelqu'un a décidé de repeindre l'escalier en rouge pendant mon absence ?"

Épisode IV

By Sarah L.

Théophile, alarmé, se glissa dans le couloir à la suite de Robin.

- Hé, tu ne nous avais jamais dit que tu étais daltonien ! Pourquoi est-ce quelqu'un a tout repeint en vert ? s'exclama-t-il.

- Ma vue est parfaite, merci bien ! Tu es sûr que tu n'as pas forcé sur le thé vert ? C'est du rouge, ça, je te dis ! Du rouge sang !

- Mais non, c'est du vert !

- Du rouge !

- Du vert !

- Du rouge !

- Du vert !

Pendant qu'ils se querellaient, ils entendirent Sarah Krauss qui sortait de la cuisine, à l'étage d'en dessous. Elle avait à peine fait quelques pas qu'ils l'entendirent crier.

- Aaaaaaah ! C'est dégueulasse ! Enlevez-moi tout de suite ce sale piaf d'ici !

Théophile dévala l'escalier, dérapa, et faillit s'étaler dans ce qui se révéla être une mare de liquide sombre au milieu de laquelle un corbeau agonisant gisait, les pattes en l'air et les ailes brisées.

Au moment où il allait le rejoindre, Robin fut hélé par ses amis, toujours réunis dans la cuisine du A7, et n'eut d'autre choix que de les rejoindre.

- Robin, fit Valentin d'un air inquisiteur, tu continues à affirmer que tu n'as pris aucune substance illicite ?

- Mais non ! Je vous jure que je ne me défonce pas aux champis ! Enfin quoi, vous me connaissez, non ?!

- On ne te traite pas de menteur. On cherche à savoir qui a pu vouloir t'empoisonner...

- Peut-être que c'est la faute des habitants fantômes, plaisanta Juliette sans réfléchir.

- Pardon ? firent plusieurs voix simultanées.

- Quoi, vous n'êtes pas au courant ? C'est Alex et Mendes qui ont trouvé ça l'an dernier, dans les archives de la DG... Apparemment, sur les plans d'origine, la tour A comptait neuf étages. Au départ, on a pensé qu'ils avaient changé d'avis pendant les travaux. Mais le plus bizarre, c'est que sur les premiers TG, il y a bien quinze personnes de trop qui ont été logées ici...

- Pourquoi tu ne nous a jamais dit ça ?!!! cria Valentin en se précipitant sur dégette pour vérifier. Attends, je vais vérifier les permis de construire et aller sur Légifrance pour consulter l'alinéa 36 de l'article 3 du code de l'urbanisme, je crois qu'il y a un truc à ce sujet...

- Tu crois que ta mystérieuse apparition pourrait être une habitante de cet étage ? demanda Leïla, réfléchissant à toute allure. Si c'est un fantôme ou un truc comme ça, elle a pu se dématérialiser, passer par la plomberie, et sortir par le lavabo de ta salle de bain...

- Arrête, c'est absurde, la contredit Paul d'un ton cassant. On n'est pas dans Harry Potter ! Cette Marceline n'a jamais existé, c'est Robin qui l'a imaginée pendant son bad trip...

- Mais ça n'était pas un bad trip ! protesta l'intéressé pour la énième fois. D'ailleurs, je peux vous le prouver, je ne suis pas le seul à l'avoir vue ! Basile peut témoigner...

- Dommage, c'est le seul qui soit absent, rétorqua Théophile, sarcastique. Personne ne l'a vu de la journée...

Robin soupira. Soit il était en train de devenir fou, soit il avait bel et bien été intoxiqué – mais comment, et par qui ? - soit il avait raison et il devait le leur prouver.

- Les rôlistes ! Eux aussi ils ont dû la voir ! s'écria-t-il. Allons leur demander...

Tous se précipitèrent en direction du A6, rejoignant Sarah et Théophile sur le palier, où ils contemplaient toujours le volatile agonisant.

Épisode V

By Valentin

« AH MAIS PUISQUE JE TE DIS QUE TU PEUX PAS LE TUER, IL A UNE CLASSE D’ARMURE DE MOINS SEPT !, hurlait François.

— OUAIS, MAIS DEPUIS QUE SON UNIQUE NEURONE S’EST APOPTOSÉ, IL A MOINS TROIS EN RÉFLEXES, DONC IL SE PREND MES CORNICHONS GEIGER DANS LA TRONCHE JE TE DIS ! rétorquait Thomas. »

François baissa la voix, replaça ses lunettes correctement, puis dit calmenent :

— Bon écoute Thomas, une apoptose, ce n’est pas aussi simple que tu crois. Imagine, une cellule qui va chez Castorama, achète un écriteau et écrit ‹ Je suis mort ›, vend tous ses biens, nettoie sa baraque, se met dans un sac plastique devant sa —

Il fut interrompu par un l’ouverture brutale de la porte, suivie du basculement de la chaise la plus proche et d’un grand « PUTAIN DE MERDE ! » hurlé par No avec conviction. Leïla s’énerva :

— HE HO LES GARS, DÉSOLÉ D’INTERROMPRE VOTRE COURS DE BRICOLAGE THÉORIQUE LÀ, MAIS ON A UN PROBLÈME SÉRIEUX !

— Ce n’est pas à proprement parler un cours de bricolage, Leïla, d’ailleurs laisse-moi t’expliquer calmement ce qui…

— PLUS TARD LES MEXPLICATIONS BORDEL ! Vous n’auriez pas vu passer une nana dégoûlinante de sang et l’air pas gentil à cet étage ?!

— Ben euh… je sais que tu te plains régulièrement de l’absence de poubelle dans les toilettes du A7, mais jusqu’à présent, non.

— Rhaaah LA LOURDEUR !

— Mais sinon, non, on n’a rien vu, et —

L’alarme incendie se déclencha. Alors que nos héros s’apprêtaient à évacuer, François demanda à No :

— C’est quoi une Mexplication ?

No se facepalma. Elle n’eut pas le temps de répondre, qu’ils entendirent la sonnerie du téléphone de l’étage. Robin décrocha et activa le haut-parleur :

— Oui allô, Robin Champenois à l’appareil. Ne vous en faites pas, on va ouvrir les fenêtres

.

Une personne avec un fort accent lui répondit.

— Bonjour, la loge de Montrouge ici, nous sommes en alerte maximale.

— Ça veut dire qu’on doit évacuer ?

— Euh en fait, non, la tour A n’est pas tout-à-fait aux normes. Interdiction maximale d’emprunter les couloirs, nous envoyons une personne s’assurer que vous ne vous mettiez pas en danger

— Euuuh…

— Par ailleurs, il contrôlera vos cartes ÉNS et vos clefs pour vérifier que vous n’êtes pas des inconnus, vous comprenez, Vigipirate, état d’urgence… *clac*

Les lumières s’éteignirent.

— Bon, c’est problématique, dit Robin. On sait même pas ce qui se passe.

— Heu en fait, j’ai regardé Twitter, et le hashtag #Montrouge est pas mal actif, répondit Valentin.

— Attends quoi, mais Twitter c’est complètement troué ! rétorqua Théophile.

— Bref. Je lis tout un bordel sur une opération antiterroriste organisé à Montrouge avec la NSA, et OH PUTAIN C’EST LE BÂTIMENT DE LA FAC QUI EST À L’ISOLEMENT !

— Quoiiii ‽

— @lemonde : « Une femme est sortie couverte de sang du bâtiment tenu par les hackers. Elle a été capturée par la police 🚓 http://bit.ly/1kXFkq9 ».

Ils virent un halo de lampe torche surpuissante bouger dans la cage d’escalier maintenant obscure.

— ON SE PLANQUE ! hurla Juliette

— J’ai un double de la clef de la salle des malles du A7 ! dit Sarah. Le bodyguard ne doit pas l’avoir...

— Et après ?

— Après, faites-moi confiance, dit Juliette.

Tandis que le bodyguard montait lentement les étages de la tour A, ils se précipitèrent silencieusement dans la cage d’escalier, montèrent au A7, ouvrirent la porte de la salle des malles, puis la fermèrent à double-tour derrière eux.Juliette, sure d’elle, se dirigea vers le seul placard, qu’elle ouvrit.

— Ouf, c’est toujours là !

— Juliette, c’est quoi à tes pieds ?! demanda Nathanaël.

Elle baissa les yeux, et vit une flaque de sang, au milieu de laquelle se trouvaient quelques lardons grillés.

— BASILE !

Épisode VI

By Juliette

"Bon et bien puisque vous refusez de répondre à nos questions sur les hackers, vous allez peut-être pouvoir nous dire ce que vous avez à voir avec tout ce liquide rouge dans la cage d'escalier, qui est sans nul doute du sang !"

Le colonel Brian était au bord de la crise de nerfs. Entre la femme absolument hideuse et un peu dérangée qu'il tentait d'interroger en vain depuis un quart d'heure, et le rondouillard capitaine de police français, Durafour, dont l'humour et la délicatesse lui évoquaient un pourceau près pour l'abattoir...

"Je ne sais toujours pas ce que sont vos... euh a... aaaaa... queue, et comme je vous l'ai dit maintes fois, j'ai un peu faim." répondit Marceline "Toutefois, mon très cher colonel, avec tout le respect que je vous dois, le liquide de la cage d'escalier était vert et non rouge."

"Il était parfaitement rouge je vous l'assure" répondit le colonel.

"Pas du tout, il était vert !"

"Ah mais c'est qu'elle doit pas voir les couleurs celle-là !" s'exclama le capitaine Dufour avec un gros rire gras.

"Mademoiselle Marceline Jesépasskeséheinnomdeufamille, je vous prie d'arrêter de vous moquer de nous !"

"Ne vous énervez donc pas, ça durcit la viande~!"

Le capitaine Durafour, qui peinait à contenir son rire, quitta la pièce. Brian se leva et fit quelques pas vers la minuscule fenêtre de la salle d'interrogatoire. Il devait se calmer... il tenta de se concentrer sur un petit point bleu qui émergeait du ciel gris. Ce fut la dernière chose qu'il vit, avant que deux dents pointues ne s'enfoncent dans sa nuque.

********

"Des lardons, je suis sûr que c'est Basile qui nous a laissé un signe..." dit Nathanaël. "Comment..."

"Je crois qu'on n'a pas le temps de réfléchir à ça" dit Sarah, "Ils ne vont pas tarder à comprendre où on est. On sait où va cet escalier dans le placard au moins ?"

"Bah il mène au A9" répondit Juliette. "Mendes et Alex l'ont trouvé sur un vieux plan il y a trois mois et sont allés l'explorer..."

"Mais ça existe pas le A9 !" s'écria Valentin.

"Ah oui c'est vrai..."

"Bon, et qu'est-ce qu'ils y ont trouvé dans ce passage ?"

"Je sais pas, j'ai pas eu de leur nouvelles depuis. À la réflexion, j'aurais peut-être dû me faire du souci..."

"Non mais arrête de t'inquiéter pour rien." fit Robin avec son fameux ton mi-agacé mi-fatigué.

"POLICE FRANÇAISE ! EUH NON, CIA ! OUVREZ !"

"OH putain, dépêchez-vous d'entrer dans le passage !" cria No alors que des coups de bêlier faisait trembler la porte.

Ils montèrent quatre à quatre l'escalier. Il faisait de plus en plus sombre.

"Mais c'est pas possible, on a monté combien d'étages déjà là ?" fit la voix de Thomas.

Personne n'avait compté les marches. Soudain, la main de Paul frôla une poignée de porte, il l'ouvrit en grand et, quelques secondes plus tard, toute la petite troupe se trouvait au beau milieu d'une grande prairie bordée d'arbres bleus et violets. De l'autre côté d'une route qui serpentait dans la paisible campagne se trouvait un grand champs de champignons, que Juliette identifia immédiatement comme des psilos.

"C'est étrange" dit Théophile "J'ai l'impression d'être déjà venu ici"

Un grand nuage de poussière s'éleva au-dessus de la route, et l'on entendit la course lourde d'un gros animal. Peu à peu, ils purent discerner un énorme yack à 6 cornes qui stoppa net à côté d'eux.

Un petit homme barbu, vêtu d'une longue cape brune, sauta du dos de l'animal. Tous le regardèrent avec stupéfaction. C'était le portrait craché de Théophile, avec quelques années de plus...

"Êtes-vous perdus, étrangers ? En quoi puis-je... Oh, par Alvringur, Tÿofell, c'est toi ? Oui, c'est bien toi, je reconnais cette petite barbe que tu avais déjà à tes deux ans, quand tu as disparu ! Oh mon frérot adoré, mon petit poussin, maman va être si contente de te revoir, après 297 ans d'absence ! Viens, toi et tes amis, maman va nous préparer une bonne potée !"

"Euh, on devrait pas rester près de la porte ? Y a déjà deux DGs qui ont disparu après être passés par là et..." demanda Leïla.

"Non mais c'est bon" dit Robin. "Ils doivent être très heureux à faire de la culture de psilos et du stop à dos de yack géant. Faut arrêter de stresser pour rien..."

"De toute façon la porte a disparu" fit remarquer François.

Episode VII

By Leïla

« Ne craignez rien, étrangers ! Les amis de Tÿofell seront les bienvenus dans notre yourte. », déclama le petit homme, qui serrait désormais un Théophile perplexe dans ses bras. « CONTRAIREMENT À CES DÉCHETS, CES SOUS-ÊTRES, CES RACLURES DE BIDET QUI À PEINE LA PORTE PASSÉE ONT EFFRAYÉ NOS YACKS ET RAVAGÉ NOS CHAMPS EN COURANT ET HURLANT COMME DES SAUVAGES ! QUE CEUX-CI SOIENT POUR TOUJOURS ET À JAMAIS MAUDITS, QUE LES CHIENS DE L'ENFER LES ENTRAÎNENT ET DÉVORENT LEURS ÂMES, QU'ILS NE SURVIVENT JAMAIS AU COMBAT D'HIVER ! » ajouta-t-il en brandissant le poing vers le ciel.

« Euuuh… Ok, cool. », dit Paul en haussant les épaules et tentant de se débarrasser de Théophile, qui à peine échappé des bras de l'ulcéré prophète s'était agrippé à lui. Cela n'aboutit qu'à pousser Théophile à lui sauter au cou, et subséquemment les faire s'effondrer tous deux dans l'herbe grasse sous les yeux de Robin qui haussa un sourcil dubitatif.

« Et après c'est moi qui stresse pour rien ? » grommela Leïla à l'adresse de Robin

« Dites, vous croyez que les sauvages dont il parle, ça pourrait être Alex et Mendes ? », coupa Juliette en chuchotant, pour interrompre la dispute qui se profilait.

« Du coup, je suppose que si j'essaye de récolter des mycelliums sur ce champ il va râler... », s'attrista François exactement au même moment.

No, qui avait quelques difficultés à processer trop d'interactions sociales en même temps, se tourna d'abord vers François pour déclarer « En tout cas ça semble être une réaction plutôt pertinente à un champ de psilos » sur un ton de conspirateur, puis vers Juliette pour un sarcastique « Mais non voyons, quelle idée ! ». Par conséquent, François s'empressa de justifier sa question par un exposé dithyrambique des propriétés médicales diverses et variées des psilos auquel nul ne prêta attention, et Juliette fronça les sourcils d'un air inquiet en fixant le chevaucheur de yacks.

« Mais venez, suivez moi, dépêchons ! L'hiver ne va pas tarder, et vous n'avez aucune envie d'être dehors à ce moment-là, croyez moi… » les pressa le petit homme.

Ces échalas d'Outre-Porte n'étaient décidément pas très dégourdis, songea-t-il en les voyant poursuivre quelques instants leur conciliabule, dont il ne put comprendre les quelques bribes qu'il saisissait à cause de leur fort accent et leur étrange dialecte. « … enfin après on commence à taper dans la dose létale... », marmonnait le grand en imper avec des bouts de verre devant les yeux, « Non c'est mort je visite pas la yourte d'un nain bipolaire qui chevauche des yacks géants » s'insurgeait celle aux cheveux courts, « C'est bon c'est sûrement un malentendu, Alex et Mendes auraient jamais fait ça », … Après un temps qui parut infini au petit homme, les éclats de voix se calmèrent et le grand brun qui semblait être à la tête de cette troupe hétéroclite d'épouvantails s'approcha de lui avec un grand soupir. (Les autres s'étant réfugiés derrière lui et l'ayant poussé dans le dos)

« C'est d'accord, monsieur… ? »

« Véhaileff. »

« Je vous avais bien dit que VLF avait un appart' de fonction à Montrouge », chuchota Nath

« Monsieur Véhaileff. Nous vous accompagnerons, ainsi que Théophile, jusqu'à votre yourte, en attendant de trouver une solution pour retourner dans notre monde. Et nous ne toucherons pas à vos champignons. »

« Très bien », répondit Véhaileff. « En ce cas, mettons nous vite en route, nous n'avons que trop tardé. L'hiver approche à grands pas. Tÿofell, tu peux monter sur Trésor avec moi, ça a toujours été ta préférée. »

« … et même si ça peut avoir un effet positif sur les crises de palu, il faut toujours faire attention au dosage sous peine d'induire une légère immuno-suppression… Hé, attendez moi ! », conclut François tandis que le groupe se mettait rapidement en marche sous un ciel envahi par des nuages poussés par une brise frisquette. Au loin, une ombre sortit de sa cachette, et leur emboita discrètement le pas.

Une demie-heure plus tard, nos héros arrivèrent en vue d'une yourte. D'épais flocons tombaient désormais du ciel, et il commençait à faire « franchement froid » (selon le témoignage exclusif de No.). Une femme qui battait du linge devant la yourte cessa soudainement en levant les yeux et resta bouche bée en voyant Véhaileff et Tÿofell approcher.

« Tÿofell ? Tÿofell ? Est-ce bien toi ? Oui c'est toi, mon enfant mon chéri mon tout-petit ! » fondit-elle en larmes en se précipitant dans les bras d'un Théophile hébété, qui commençait à trouver toutes ces embrassades un peu excessives malgré son amour des câlins. « Oh merci, merci, étrangers, de m'avoir ramené mon tout-petit et d'avoir pris soin de lui. Entrez donc vous réchauffer, je vais vous préparer du thé au beurre salé. Allez, allez ! »

Notre petite bande perplexe prit donc place dans la yourte, qui se révéla plus grande que l'extérieur ne le laissait paraître, et agréablement chauffée par un poêle. La femme déposa des couvertures devant eux, et commença à disposer des tasses, tandis que l'homme glissait des herbes dans une grande pipe de bois.

« Je vois bien que vous êtes emplis de curiosité, Tÿofell, étrangers. Mais d'abord, il nous faut boire le thé de l'accueil et fumer le calumet de la paix. », déclara Véhaileff

« Mmh, non merci, je ne fume pas. », déclina Robin quand Véhaileff lui tendit le calumet.

« Moi non plus. », ajouta Paul, qui était le suivant dans la file.

« Moi non plus. » « Moi non plus. »… À mesure, le visage de Véhaileff s'assombrissait. Quand Tÿofell refusa à son tour, il semblait frôler l'apoplexie.

« Bon, moi j'en prendrai un peu », finit par se dévouer Leïla

« T'avais pas arrêté de fumer ? » nota Valentin sur un ton mi humoristique, mi accusateur

« Ouais mais bon je vais pas le laisser tout seul et puis avec la journée qu'on a, là, un peu de tabac c'est vraiment pas du luxe quoi… En plus s'agirait pas qu'il s'énerve et nous foute dehors sous la neige. »

« Vous n'avez vraiment aucune éducation, vous autres peuples d'Outre-Étage. », conclut Véhaileff en marmonnant. « Refuser un calumet préparé avec amour, vraiment… Vous devriez avoir honte. Un calumet de bons champignons de nos champs que nous faisons pousser nous-mêmes... »

« Alors c'est vous qui cultivez tous ces champignons ? » demanda François, curieux.

« Hé merde. » soupira Leïla au même moment en recrachant la fumée.

Épisode VIII

By Robin

Accoudé à la balustrade, Basile contemplait l'infinie complexité du sillage numérique que le navire traçait dans l'océan. La mer était très calme, mais une brise fraiche se levait, et des nuages noirs étaient visibles à l'horizon : la tempête menaçait, et il restait encore beaucoup à faire. Il se retourna, et fit un état des lieux visuel.

Clipper était vraiment en piteux état. C'était un miracle qu'il tienne encore à flots. Un mât manquait, ainsi que plusieurs voiles. Celles qui étaient encore là avait la finesse du papier à lettre, et tenaient à des cordages usés et raidis par le sel. La coque laissait voir des trous béants juste au-dessus de la ligne de flottaison : à la moindre houle, l'eau menaçait de rentrer et de couler le bateau. Par endroits, de grandes zones blanches marquaient les réparations récentes.

Malgré cela, la scène était très belle à voir : la matière étrange qui composait le navire, d'un gris-bleu profond aux reflets vert turquoise, contrastait agréablement avec le ciel orangé du crépuscule.

Basile nota les parties les plus endommagés, et descendit à l'intérieur du navire. L'intérieur, éclairé d'une lumière diffuse et très blanche, était dans un désordre inommable : les coursives étaient encombrées d'un nombre incalculable de dossiers éventrés, qui laissaient s'échapper quantités de papiers et d'images. Il enjamba un tas de bocaux qui sortaient d'une des pièces, pour atteindre la porte qu'il cherchait, marquée d'un énorme trèfle.

A l'intérieur, une énorme racine portait un calice de la taille d'une personne. Basile prit un des seaux qui était posé à côté, et le plongea à l'intérieur. Il le ressortit plein de yaourt, et répéta l'opération deux fois : c'était tout ce qu'il pouvait porter. Il prit alors les trois seaux et sortit de la pièce. En se dirigeant vers une des parties trouées de la coque, il maudit intérieurement le concepteur d'Archlinux qui avait eu la bonne idée de nommer le gestionnaire de mise à jour "yaourt". Encore, ç'aurait pu être pire...

******

"C'est dommage, vous arrivez vraiment au mauvais moment ! L'hiver est parti pour durer au moins une trentaine de jour, et une tempête comme celle qui s'est levée aujourd'hui ne va pas s'arrêter avait deux ou trois jours ! Vous verriez comment la nature est belle et douce, en été... Mais l'hiver est rude et triste. Et dangereux." Sur ces derniers mots, le regard de Véhaileff s'était assombri, en même temps que son ton se faisait plus hésitant.

"Enfin, nous saurons vous accueillir comme il se doit !" s'exclama Emecéhess d'un ton jovial en leur servant une deuxième tournée de thé au beurre salé. "Nous n'avons pas la place de tous vous héberger ici, mais les amis du village pourront sans aucun doute vous ouvrir leurs portes !"

"C'est-à-dire que, nous n'avions pas l'intention de nous éterniser..." commença No.

"Tt tt tt, pas question de mettre le nez dehors avant la fin de la tempête ! C'est bien trop dangereux ! Et puis, laissez-nous vous remercier de nous avoir ramener notre petit Työfell !" reprit Emecéhess en serrant à nouveau Théophile dans ses bras, pour son plus grand, euh, bonheur.

"Oh, moi je vois pas le problème, c'est plutôt coooool ici" dit Leïla d'un ton planant. Visiblement, elle était plutôt satisfaite du calumet, tout bien considéré.

Valentin répondit : "Oui, enfin, on est quand même bloqué dans un monde parallèle, pendant que la CIA fait une descente dans la tour A, que Basile a disparu, qu'une femme dégoûlinante de sang..."

"Bah justement, on est mieux ici, au fond, non ?" coupa Robin, rigolard.

"Je ne comprends pas grand-chose à vos problèmes d'Outre-Porte, mais si vous avez besoin d'aide, on sera ravis de vous en donner ! On vous doit bien ça !"

"Peut-être que Mâdorr l'Ancien en saura un peu plus. Il sera sans doute à la taverne ce soir. D'ailleurs, il est temps d'y aller si on veut vous trouver un toit pour la nuit."

"Je croyais qu'on ne pouvait pas sortir" fit remarquer Juliette.

"Oh, ne vous en faites pas, il ne s'agit pas de ça", la rassura Emecéhess en ouvrant une porte en forme de coquille Saint-Jacques. "Nous avons tout un réseau de tunnels sécurisés pour nous déplacer en hiver"

Après quelques hésitations, encouragés par un laconique "Oh mais non, il n'y a rien d'inquiétant là-dedans" de Robin, la petite troupe s'engouffra dans le tunnel à la suite de Emecéhess, armés de torches face à l'obscurité. Les parois étaient irrégulières mais parfaitement lisses, d'un rose profond à nervures blanches. Le sol absorbait parfaitement les bruits des pas, et la traversée se serait fait en silence si les plus grands n'avaient pas passé leur temps à se cogner la tête contre le plafond - et à s'en plaindre.

"RHA MAIS POURQUOI T'AS ATTAQUÉ LE FONKTIONAIR BLEU ?! ON FAIT QUOI QUAND SON COMPARSE REVIENDRA MAINTENANT ???"

Un bruit de dés se fit entendre, venant du bout du tunnel.

"ÉCOUTE, J'AVAIS QUASIMENT PLUS DE POINT DE SURVIE, UN PEU PLUS ET JE M'ÉVANOUISSAIS, J'AVAIS PAS LE CHOIX ! ON VA BIEN TROUVER UNE SOLUTION."

"Ah, visiblement, Züüje et Craem sont là", dit Emecéhess, souriante, en ouvrant la porte-coquille.

"Oooh non..." murmura Robin d'un ton las.

Épisode IX

By Juliette

Lorsque Julie arriva en bas des tours de l'internat, son instinct lui fit immédiatement sentir que quelque chose n'allait pas. Peut-être était-ce ces dizaines de flics derrière les cordons de sécurité~? Ou bien les sirènes stridentes et la voix déformée par le mégaphone appelant à une rédition immédiate ? Un soupir s'échappa de ses lèvres. Sa journée de stage avait déjà été bien longue, pourquoi fallait-il donc que des complications avec son job étudiant se rajoutent ?

Depuis qu'elle était en CST, Julie avait dû prendre un petit boulot, certes quelque peu chronophage, mais somme toute très correctement payé. Mais son patron l'avait prévenue~: être tueuse à gages pouvait parfois comporter quelques désagréments. Les descentes de police en faisaient partie.

Profitant d'un moment d'inattention de l'officier qui surveillait la porte d'entrée, Julie lui asséna une solide droite. Il était assomée. La jeune femme glissa sans bruit vers le bas de la tour A, tapa le code, poussa la porte et commença à gravir les marches 4 à 4. Il fallait qu'elle fasse disparaître les éléments compromettants dans sa chambre le plus rapidement possible. La cage d'escalier était pleine de sang, qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Elle n'avait pas le temps d'y réfléchir. Plus qu'un petit étage...

Soudain, Julie entendit la voix terrifiée de Sylvie sur le palier du A7. ``Je vous jure que je ne sais pas où ils sont, s'il vous plait, laissez-moi partir...''

Julie monta prudemment le dernier étage. Un homme très baraqué lui tournait le dos. Il tenait Sylvie en joue. Julie glissa aussi silencieusement qu'elle le pût sur la moquette, et, au dernier moment, elle se jeta sur le type, l'étranglant très professionnellement de son bras gauche, tandis qu'elle lui plantait, de la main droite, son trousseau de clé-couteau suisse entre les deux omoplates. Le tas de muscles s'effondra sans un bruit. Beau boulot. Julie récupéra ses clés, les essuya et les rangea.

`` Ça va ? demanda-t-elle à Sylvie. Il était seul ?

- Ça pourrait aller mieux... Oui, il était seul visiblement, il a dit qu'ils venaient arrêter Valentin, Théophile et Basile, mais pourquoi ? J'y comprends plus rien, je...

- Ah ? Et moi qui croyais qu'ils venaient pour moi. Tiens, j'avais pas vu qu'il avait un badge du FBI, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'étonna Julie tout en rattrapant une Sylvie qui commençait à tourner de l'oeil. Oh hé~! C'est pas le moment de se laisser aller, on a un cadavre sur les bras et une tour à défendre. Je vais chercher mon fusil de sniper dans ma chambre, et on va faire le guêt.

- Oh, mais je vois que vous avez préparé à manger ! fit une voix dans la cage d'escalier. On est toujours si aimablement reçu à cet étage~! Je sors d'un repas, j'étais avec un homme absolument délicieux, mais j'ai à nouveau un petit creux et ...

- Qui êtes-vous ? la coupa Julie.

- Je me nomme Marceline. Cela ne vous dérange pas si je mange avec les doigts ? continua la créature en arrachant un bout de jambe du défunt militaire, dans lequel elle croqua à pleines dents.

Épisode X

By Leila

Julie haussa les épaules. Après tout, elle en avait vu d'autres au cours de ses quelques mois dans le métier. Elle ne se considérait pas encore comme une vétéran, mais quand on a liquidé un type à la javel... Et puis, Marceline avait le bon goût de manger proprement, allant même jusqu'à se lécher les doigts et racler à la petite cuillère le sang qui s'échappait de feu l'agent du FBI. Ce serait toujours ça qui ne finirait pas sur la moquette (et la DG sait à quel point il est galère de nettoyer du sang sur une moquette !)

"Somme toute, ça ne se goupille pas si mal", conclut Julie en revenant dans une cuisine proprette avec son fusil à lunette.

"Je suis assez d'accord avec vous, mademoiselle." lui répondit Marceline avant de poursuivre à l'adresse d'une Sylvie pleurant à chaudes larmes, qu'elle réconfortait d'une main sur les épaules. "Allons, allons, ça va aller, le vilain monsieur est mort..."

"Non mais vous ne comprenez rien !" éclata soudain Sylvie. "Son foutu sang a dégouliné sur mes chaussures de danse en daim, elles sont fichues ! Vous avez idée du temps que ça m'a pris pour ne plus avoir d'ampoules quand je les mettais, hein ? Et tout ça à cause d'une foutue descente de ce foutu FBI pour attraper ce foutu Valentin !... Et il y en a encore d'autres qui arrivent en plus ?!"

Avec un rugissement, à mi-chemin entre la rage et l'incrédulité, Sylvie se saisit d'un wok - propre - qui avait le mauvais goût de traîner sur la table, et se précipita vers les deux sbires en costume sombre qu'elle avait vu sortir de l'ascenseur, revolver à la main.

"Bonjour mademoiselle. Coopérez et il ne vous sera..."

*BOUM*

"Oh mais quelle attention charmante, mademoiselle ! Cela fera un en-cas parfait."

En entendant le bruit, Julie - qui s'était installée à la fenêtre de la cuisine avec son fusil et avait entrepris de tirer comme des lapins les hommes en uniforme ou en costume qui entouraient désormais la faculté dentaire - ne put retenir un sourire. Oui, décidément, les choses auraient pu plus mal se goupiller.

****

"NON MAIS T'AS FINI DE MUNCHKINER TON ATTAQUE CLONES DE FONCTIONNAIRES OUI ?"

Au moment exact où, au A7, Julie formulait cette sereine réflexion, un Robin découragé se disait, deux étages - officiellement - plus haut que les choses auraient pu mieux se goupiller. N'avait-il donc orchestré la descente conjointe du FBI, de la CIA et de la NSA sur la tour A pour faire des rôlistes des dommages collatéraux avant de lancer son plan de grande envergure que pour se trouver coincé dans un tunnel d'un étage inexistant à la météo fantaisiste face à... deux rôlistes ? Perdant tout contrôle, il prit une profonde inspiration, avant de jeter un regard inquiet à la ronde. Allaient-ils se douter de quelque chose ?

Sarah était en train de se frotter la tête, là où une bosse violacée commençait à se former. François s'intéressait aux cartes des deux joueurs. Leïla était en train de courir après un reflet de sa montre sur le mur. No et Nath' s'extasiaient auprès de Véhellaiff sur la praticité des installations parfaitement adaptées aux gens de taille normale. Juliette s'était lancée dans une diatribe antisexiste à l'adresse de Èmecéhaisse et lui clamait qu'elle n'avait aucune obligation de s'acquitter des taches ménagères et pouvait faire ce qui lui plaisait, que diable.

Robin se sentit soulagé. Tout était sous contrôle, personne ne l'avait vu se départir de son flegme légendaire. Enfin, tout était sous contrôle... Une impression d'étrangeté le titillait. Il se rendit peu à peu compte que cela faisait bien longtemps qu'il n'avait entendu personne citer de textes de loi ou commenter son fil d'actu twitter.

"Hé, les gens, ça fait combien de temps qu'on n'a pas vu Valentin ?"