Longtemps après

(12 novembre 2015)

Finalement, j’ai eu l’agrégation. Finalement, c’était difficile de le vivre et difficile d’en parler. Finalement, c’est fini, et c’est bien mieux ainsi. :-)

De la philo en diagrammes

(19 mars 2015)

Bon, bon. Il s’est passé beaucoup de choses. Nous sommes à J-6 de la première épreuve. J’espère qu’après les écrits, j’aurai le courage de faire un compte-rendu ici des derniers mois (qui sera succinct, parce qu’ils ont été émotionnellement complexes, et sont donc difficiles à raconter) ainsi que des épreuves, ne serait-ce que pour vous parler des sujets.

Bon courage à vous (et à a moi) !

Semaines 11, 12 et 13

(03 décembre 2014)

- Si tu devais noter ta semaine de 0 à 10 ?
- Bah… 3 ?

I still need to study like… more.

Les moyennes, bien entendu, ça ne veut souvent rien dire. Après le pessimiste plutôt effervescent d’il y a presqu’un mois, les choses ont commencé à reprendre un peu de sens. Le scepticisme et le doute généralisé, c’est une situation vraiment fatigante, quand on n’en a pas l’habitude [1]. Puis j’ai reçu une mauvaise note en dissert, j’ai dormi beaucoup, j’ai mis une pause pendant une semaine au yoga pour me reposer plus, j’ai dépensé de l’argent utilement et j’ai bloqué internet quelques jours pour ne pas perdre du temps de repos en temps d’hypnotisation. J’ai réappris à accepter mes erreurs et mes fatigues.

Depuis, j’ai l’impression de ré-apprendre des choses qui ont toujours été sues. J’ai renoncé à faire fonctionner mon vélo et je vais en cours à pied, ce qui me permet d’écouter le cours passionnant de Claudine Tiercelin sur la valeur de la connaissance et d’être plus réveillée une fois que j’arrive en cours. Je me suis rendue compte (grâce à des conseils fort sages) que si j’étais fatiguée, c’était sans doute que je ne dormais pas assez, et je m’efforce de me coucher avant 23h. J’essaye d’être souple mais ferme sur la quantité de distractions que je consomme. Ce n’est pas un remède miracle. Il y a des jours où je suis fatiguée, où le soleil est dans le coma et où il ne se passe rien. Il y en a d’autres où il se passe beaucoup trop de choses, et le résultat est tout aussi vide. Parfois, toutes les options ont l’air d’avoir exactement la même quantité de sens et la même portée, et il devient difficile de faire le choix raisonnable. Parfois, le monde est totalement différent de ce qu’il semblait être, comme par caprice.

Que la vie est uniforme et le monde toujours le même. Mais le monde d'un homme malade ne ressemble pas à celui d'un homme robuste. Notre état d'esprit est différent selon que nous dormons ou que nous sommes éveillés. La joie et le chagrin changent tout pour nous. Le courage connaît des routes que la timidité ne peut deviner. Les affamés voient un monde inconnu des bien nourris.

Sextus Empiricus Esquisses Pyrrhoniennes

Mais il y en a aussi d’autres où j’ouvre un livre qui devient passionnant, où je découvre des idées qui sont complexes et intéressantes, où je me rend compte que ce que je croyais savoir est immensément différent de ce qui est [3].

Toutes ces opérations de renouvellement et de restauration des choses que je savais ou croyais savoir me plaisent et me passionnent. Je suis en train de réapprendre ou de re-comprendre comment on pose des questions et mène des dissertations, ce qui est frustrant après avoir passé une année à l’enseigner, mais qui m’est nécessaire. J’ai encore des efforts à faire. Je me rends compte aussi que je travaille beaucoup mieux quand je suis guidée par une question (un sujet de colle ou de dissert) que quand il faut simplement augmenter des sommes de connaissances de façon encyclopédique. Mais surtout, j’aime les textes et les cours qui mènent ce projet-là, de renouveau et de restauration, de façon honnête et passionnée.

Ce sera bientôt les vacances. D’ici-là, il me reste une dissertation à écrire, que j’ai décidé de faire sans temps limité pour pouvoir maîtriser vraiment les arguments que j’apporte, et un commentaire de Marx. Ces temps-ci, j’avance de façon assez spontanée, selon mes intérêts et mon énergie, avec un planning qui est plutôt une feuille de route, et avec un esprit qui génère tous les jours des projets qui n’ont rien à voir avec l’agrég, et que j’essaye d’accommoder dans la mesure du possible. C’est que j’ai envie d’enthousiasme.


[1] Ne vous méprenez pas, cependant. Le scepticisme, ou plutôt la version soutenue par Pyrrhon puis celle de Sextus-Empiricus, est une doctrine qui soutient l’impossibilité de l’adéquation de nos sensations ou de nos croyances avec la réalité. Chez Pyrrhon, c’est en raison du caractère à la fois instable, indifférent et indéterminé du monde mais aussi de nos capacités de connaître, de sorte que tout n’est qu’apparence : il n’y a rien derrière les apparences qui soit de l’ordre de la substance, il n’y a que du toujours mobile et du toujours variable. Chez Sextus-Empiricus (qui a reconstitué bien longtemps après un scepticisme qu’il a déclarer placer dans la filiation de Pyrrhon), le nihilisme radical de Pyrrhon est nuancé avec le développement d’une position de doute : nous ne savons pas si la connaissance est possible ou non, et nous ne savons pas comment le monde est en vérité [2]. Donc, je disais, ne vous méprenez pas : le scepticisme assumé et bien mené est supposé mener à l’aphasie (se taire, c’est-à-dire ne pas porter de jugement sur le monde parce que l’on suspend son jugement) et finalement à la sérénité et la paix de l’âme.

[2] Un exemple merveilleux de ce besoin de mettre en place un scepticisme qui porte aussi sur le scepticisme lui-même se trouve chez Clitomaque, sceptique de l’Académie qui s’est donné pour tâche de compiler et de systématiser les enseignements de son maître sceptique Carnéade. Clitomaque faisait reposer ce système qu’il avait organisé sur deux propositions : la suspension du jugement, selon Carnéade, devait porter sur tout ; lui, Clitomaque, n’était pas certain d’avoir compris le fond de la pensée de son maître !

[3] Notamment, les stoïciens. Vous croyez peut-être, comme moi jusqu’à samedi dernier, que les stoïciens prônaient une forme de renoncement face au monde, « changez vos désirs plutôt que l’ordre du monde », et que finalement, rester impassible, c’est se détacher du monde et lui donner moins d’importance, que c’est finalement une posture très « cool », un peu indifférente ? Passons sur la confusion entre stoïque et stoïcien, mais surtout : le stoïcisme est une doctrine tout à fait dogmatique. Oui, l’individu doit travailler à changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde, non pas tellement parce que le monde ne se pliera pas à ses caprices, mais parce que le monde est parfait. Le monde a été créé comme la maison des dieux et des hommes, nous y sommes chez nous (d’où le fait que notre maîtrise de la terre et des animaux soit normale) et les représentations que nous recevons du monde sont parfaites, claires et accompagnées d’un sentiment d’évidence qui nous confirme la réalité des choses en question. La seule chose qui nous empêche de nous en rendre compte, ce sont des opinions erronées et éventuellement des maladies de nos sens ou de notre esprit, comme la folie ou l’ivresse. Ce n’est pas facile de faire moins « cool » [4].

[4] Voilà, nous en sommes à la philosophie comme cour de récré.

Semaines 9 & 10 ?

(11 novembre 2014)

(Ou : The Study block )

xkcd : Efficiency

Depuis mon dernier post relativement cryptique (désolée), j’ai expérimenté avec les choses suivantes : le niveau de rangement de ma chambre, l’utilisation de surfaces lisses comme tableaux, la disposition des meubles dans ma chambre, l’heure à laquelle je me couche (notamment en la retardant et en dormant plus le matin - et dans le reste de la journée - et, tout le temps, maintenant que j’y pense), les heures auxquelles je travaille, les lieux dans lesquels je travaille (chambre ? bibliothèque ? café ? cimetière ? parc ?), la quantité d’accès que j’ai à internet (seulement le soir tard avant de me coucher ? pas du tout pendant plusieurs jours), les types de plannings (depuis la to-do list vague et sans horaires assignés, à l’absence de plan, à l’indifférence vis à vis du plan). Je me suis aussi renseignée plus ou moins extensivement sur des questions aussi importantes que la posture, la disposition des affaires sur le bureau, l’ergonomie de mon siège et des appareils électroniques, l’importance des électrolytes, les différents sacs pour transporter mes affaires, la façon dont on utilise son corps quotidiennement, différentes méthodes pour accrocher des tableaux velleda à un mur froid en crépi, la méthode pour changer un câble de frein, différentes idées pour décorer une chambre, la planning fallacy, etc, etc.

Jeudi dernier, j’écrivais la chose suivante sur le travail, en lien avec le concept d’Ahimsa du boudhisme (et aussi d’aliénation dans les Manuscrits de Marx) :

« Apaiser la violence au sein de mon corps. Apaiser la violence de mon esprit sur mon corps. Apaiser la violence de mon esprit par rapport à lui-même. Apaiser les tensions de mon esprit par rapport aux autres. Leur laisser la liberté d’être sujets d’eux-mêmes et ne pas les prendre uniquement comme des objets de mes besoins, de désirs, de mes valeurs. De mes préjugés, en fin des compte.

Se libérer de l’étymologie du travail : que fondamentalement il signifie torture (tripalium) ne signifie pas qu’il doit être torture, que c’est là son essence, mais plutôt que c’est là son enfance, sa forme pré-humaine, son état impur de mensonge. Le travail est torture lorsqu’on l’aborde de façon fausse et sans réfléchir.

Si le travail est torture, alors il y a violence, du corps au sein de lui-même, de l’esprit sur le corps, de l’esprit par rapport à lui-même, de l’esprit par rapport aux autres. Il faut donc trouver un travail qui ne soit pas une torture. Que serait-il ? Déjà, un travail qui n’a pas une compréhension fausse de l’effort, du résultat et de sa valeur.

Le travail-torture comprend l’effort comme la douleur, comme l’expression physique de son intensité, comme la conquête de l’obstacle. Il comprend le résultat comme son unique produit, comme la seule chose qui lui donne de la réalité et comme la seule chose qui importe. Il comprend sa valeur comme la conjugaison de l’effort et du résultat, et parce qu’il se place déjà à l’extérieur de lui-même (dans l’incarnation physique de la douleur et la production physique du résultat), il place l’étalon de sa valeur à l’extérieur de lui-même. Ainsi, cette valeur-là doit être donnée de l’extérieur, par la louange ou le blâme d’autrui, par la comparaison avec autrui, par le quota. »

Le travail qu’il nous faut à la place, nous dirait Marx, c’est celui où je crée un objet qui ne m’aliène pas. Ce n’est pas le travail qui est aliénant, au contraire. Le travail, en tant qu’il me permet de produire un objet qui va répondre à mes besoins (physiques ou spirituels) me pose moi-même comme objectif (c’est-à-dire comme un être réel - et en tant qu’être réel, et humain, j’ai des besoins que je dois satisfaire - il n’y a plus d’être de moi si je ne vis pas, si je me meurs de faim), il fait de la nature qui m’entoure une nature humaine et il fait de mon humanité une humanité naturelle. Il me faut l’objet qui répond à mon besoin, et il me faut l’objet pour lequel je réponds à un besoin : la plante est rendue objective par le soleil, mais le soleil, lui aussi, est rendu objectif, effectif, par la plante. Il me faut des objets, des autres que moi auxquels je me rapporte, que ce soit en les produisant, en étant produit par eux, en étant avec eux. Il me faut un monde.

Jusqu’ici, on pourrait se croire dans une gradation éloquente vers la possession du monde et des autres. Mais ce n’est pas la logique qui est mauvaise, c’est la perspective. Pour que j’aie un monde, il faut qu’il y ait autre chose que la tyrannie peuplée d’esclaves [1], il faut qu’il y ait de véritables objets - c’est-à-dire des objets à qui on a laissé toute leur dynamique propre de sujets. Et comme je le disais en note, tout le monde est esclave en tyrannie, personne n’est sujet. (Pas plus l’ouvrier, que le capitaliste en proie au désir « sans fin et sans mesure » d’enrichissement.) [2] Le monde qu’il me faut, c’est celui où les objets sont des sujets, où ils peuvent être avec moi et non pas contre moi, c’est-à-dire en opposition à moi ou tout contre moi, disparaissant du fait de l’absence de regard que je leur porte. Et c’est bien sûr le monde où je suis aussi un sujet, où les autres objets me laissent ma dynamique libre de sujet [3].

Voilà donc une partie de ce que je sais, ou de ce que j’ai fait, au sujet, ou par rapport, au travail. Le résultat de tout cela ? C’est que (pourtant ?) je travaille de moins en moins. Il est difficile de parler de nos échecs, d’où ma procrastination pour écrire ici ces dernières semaines. On a l’impression de faire quelque chose de mal quand on échoue, et aussi quand on en parle. On aime tous dire que c’est dur, qu’on souffre, oui, mais qu’on va y arriver (n’est-ce pas ?). Mais c’est difficile de trouver une place à la parole qui échoue, qui erre, qui s’est méprise, qui s’est perdue, qui ne sait pas encore comment elle va se retrouver et qui n’a pas le luxe (le masque ?) de l’optimisme, ni le sien ni celui des autres. Ai-je essayé assez fort ? Ai-je essayé assez bien ? Mais « quand même », ce n’est pas si grave, non ? Sans doute pas - ou encore : je ne sais pas. Comment réussir à penser autrement, à se départir de la violence ? Je ne sais toujours pas. Je lis beaucoup de gens qui parlent de la valeur de la ténacité, de s’asseoir à son bureau, de continuer, « day in or day out », que les grandes réussites arrivent au terme de longs, patients et continus efforts. Qu’il faut s’en tenir là, s’y mettre et ne pas dire « mais »…

… Mais ! Oui, c’est sans doute la solution, mais elle est difficile, mais cela résiste. C’est frustrant, parfois (souvent ?), d’avoir l’impression de devoir encore apprendre à apprendre ; de ne pas savoir comment faire ; de devoir trouver. De ne pas avoir de vraie excuse, de ne pas avoir trouvé La Solution. De devoir admettre qu’après tout, il n’y a pas de Solution. Aucune autre que : demain, j’essaierai de nouveau. Et parfois, ça échoue. Voilà pourquoi, en attendant, faire de la place à cette parole de l’échec.


[1] Et n’oublions pas - maintenant, c’est Platon qui parle - que dans la tyrannie, nous sommes tous des esclaves, et le tyran tout autant que nous, lui qui s’est condamné à régner des foules instables, hypocrites et flatteuses tout en étant lui-même soumis au tumulte de ses propres désirs… Non pas que je veuille attirer votre sympathie sur le tyran, mais parce que je veux souligner que pour Platon, le dirigeant a deux corps sous sa garde : son corps propre et le corps civil. L’homme tyrannique, c’est celui qui est soumis à la tyrannie sur sa raison de ses désirs (cette partie que Platon propose de résumer au « désir de l’argent » - comment ? vous avez dit « capitaliste » ?) et de son ardeur (le désir de victoire et et d’honneur - comment, vous avez dit…). Et le tyran, c’est cet homme tyrannique qui est au pouvoir et qui, n’écoutant pas les hommes raisonnables (les philosophes, n’est-ce pas ? Nous sommes encore chez Platon), a pour conseillers les flatteurs de ses opinions et de ses désirs. Tout ça pour dire que dans la tyrannie, tout le monde est esclave, et donc personne n’est sujet.

[2] Notez comment je maîtrise enfin la typographie de la parenthèse. Je crois ?

[3] Dans le monde du travail, nous dit Marx, et surtout celui qui est l’usine, la manifestation la plus retentissante de l’aliénation de l’ouvrier, ce n’est pas seulement le fait que les objets qu’il produit, ainsi que les moyens de production ne lui appartiennent plus. C’est qu’il cesse de s’appartenir à lui-même (la dépense de sa force vitale ne lui donne même plus accès à suffisamment d’objets pour vivre), et qu’il commence à leur appartenir, à eux (les moyens de production). Les moyens de production (à savoir, et en premier lieu, les machines) sont du capital mort, mais le capital est toujours poussé par le désir d’enrichissement, de fructification. Il faut donc lui donner vie, et pour cela l’animer en utilisant les machines pour produire de la valeur. Il faut que l’ouvrier, sans cesse, par ses efforts, les réanime. Et les moyens de production posent ce besoin en exigence : ils exigent la force vitale de l’ouvrier, (ils le vampirisent), et ce besoin devient tellement impérieux que la considération de l’ouvrier disparaît. Dans le langage des moyens de production (pardonnez-moi la métaphore), l’ouvrier n’existe que pour les mettre en mouvement, il leur appartient, et son sommeil, son bien-être, sa santé, ses loisirs, son âge, tout cela n’est que secondaire (et n’est qu’accessoire). Voilà aussi comment l’ouvrier cesse d’être sujet. Il est privé de sa liberté et il est réduit à être l’objet et rien d’autre que l’objet de quelque chose d’autre. Voilà l’erreur (la crispation) de perspective dont je parlais : il n’y a pas de monde quand tous les objets sont réduits, quand on porte sur eux le regard intolérant qui ne fait d’eux qu’un seul aspect d’eux-mêmes - celui qui nous intéresse. Pour qu’il y ait un monde, nous voulons des sujets, qui sont des êtres omnilatéraux, et pour cela, il faut que nous les laissions être, que nous les laissions se présenter à nous tels qu’ils sont, dans leur pluralité (et non pas, tels que nous croyons qu’ils sont, ou voulons qu’ils soient). Comme quoi, l’éthique du travail est beaucoup plus complexe qu’on ne l’aurait cru. [4]

[4] Oui, je sais, il y a presque autant de notes que de corps de texte. Tant pis. Les philosophes aiment dire que la philosophie, au fond, ce n’est rien d’autre que d’écrire des notes dans la marge, ou en bas de page.

Semaine 8

(26 octobre 2014)

Assez étrangement, il ne s’est presque rien passé cette semaine. J’ai un peu travaillé, j’ai eu un sentiment de légèreté, mais sans me sentir coupable. Ou plutôt : j’ai oublié de me sentir coupable. Oublié, comme si tout cela n’existait pas vraiment, qu’il n’y avait pas de lectures à faire, de choses à apprendre, de concours à passer. Je me suis sentie en vacances.

Pourtant, j’ai conscience aussi que ce n’est pas sérieux et que ça ne peut pas vraiment durer. Je suis revenue aux basiques, j’ai rangé (et parfois, j’ai l’impression qu’il n’y a rien d’autre à faire que ranger, faire de la place, remettre en place), j’ai réfléchi à ce qui n’allait pas. Je me suis dit que j’allais essayer des choses radicalement différentes - quoique peut-être, finalement, toujours similaires ?

Voilà tout ce qu’il y a à dire pour le moment, j’attendrai des faits et des conclusions pour le reste.

(Aussi, The Female Man de Joanna Russ a le pouvoir de changer ma vie).

Semaine 7

(20 octobre 2014)

(Ou : l’absence d’histoire de la vie individuelle)

J’ai hésité à écrire ce post, parce qu’il est l’aveu d’un échec et parce qu’il frustrera sans doute le lecteur ou la lectrice en quête d’un roman. La semaine dernière, j’avais décrit avec enthousiasme mes progrès et j’avais envisagé avec optimisme les succès qui ne manqueraient pas d’advenir. Il n’en sera pas de même cette semaine.

(Voilà qui a la saveur d’une porte claquée à l’adolescence.)

Si j’avais entrepris de raconter mon année d’agrégation à la fin de l’année, j’aurais pu en proposer un récit cohérent et agréable à lire : j’aurais gravi progressivement la colline de l’agrégation jusqu’au succès (ou me serais enfoncée inexorablement dans la caverne de l’échec), et chaque événement aurait pu prendre sens en fonction de la fin. Mais puisque je raconte tout ceci au fur et à mesure et que, malgré sa qualité nécessairement binaire, j’ignore le terme de l’histoire, il ne m’est guère possible de donner un sens (montée ou descente) ni une explication causale aux événements. Bien entendu, j’aurais pu ne rien écrire cette semaine, mais n’avons-nous pas cette tendance à parler seulement avec des mystères de ces moments difficiles que pourtant tout le monde affronte ? Voici plutôt une illustration du fait que la vie n’a rien d’une histoire.

Tout me semblait très bien parti il y a une semaine et je me suis crue entrée dans la « voie sûre » du travail, mais manifestement, je n’en suis qu’aux tâtonnements [1], et assez rapidement, la semaine a dégénéré en acrasie. Lundi et mardi furent encore acceptables, mercredi fut distrait et peut-être trop social, jeudi fut absorbé par du non-travail, vendredi disparut en non-travail et fatigue (et vol de mon vélo…), samedi n’essaya même plus et dimanche je fis du rangement. En somme, les jours de la semaine ont été résolument déterminés à être et je me suis laissée porter.

J’ai pris quelques mesures : j’ai mis un terme à l’engagement qui générait du non-travail, j’ai acheté de la nourriture plus saine, j’ai rangé et dormi. Aujourd’hui n’a pas été formidable, mais au point où nous en sommes, tout est progrès.

J’ai fait un nouveau planning, similaire à celui de la semaine dernière. Il reste à continuer d’essayer, persévérer jusqu’à ce qu’enfin, ça tienne en équilibre.


[1] Ceci est une référence à la Préface de la Seconde Édition de la Critique de la raison pure. J’ajoute ici une petite note de kantisme. Il y aura maintenant une bribe de philosophie sur ce blog.

L’objet de la préface - et l’objectif de l’ouvrage - est de mener une critique de nos connaissances. La critique s’attache à examiner les sources et les méthodes d’une connaissance pour déterminer sa légitimité et la limiter lorsqu’elle outrepasse son bon droit. Il découlera de cette critique la thèse fondamentale selon laquelle seules les disciplines qui portent sur des phénomènes peuvent être l’objet du connaître, à condition cependant de mener aussi l’examen de la raison pure. La raison pure, c’est la raison prise indépendamment de toute expérience, c’est la raison avant l’expérience et, en un sens, pour l’expérience, puisque c’est la raison qui s’applique aux phénomènes et qui détermine les conditions objectives selon lesquelles ils nous apparaissent et nous les connaissons. Elle est donc là avant toute expérience (les concepts de la raison pure déterminent sa structure) mais elle est aussi là après l’expérience (les concepts de la raison pure ne deviennent effectifs que s’ils ont des phénomènes sur lesquels s’appliquer).

Mais au début de la préface, nous n’en sommes pas là. Kant propose un tout premier critère de sélection, un critère extérieur, pour repérer les disciplines scientifiques, et les autres. Il nous dit que l’on peut être certain que si une discipline procède encore par tâtonnements, si elle avance parfois mais est souvent contrainte de revenir sur ses découvertes et sur ses méthodes, si elle se croit près du but mais échoue soudain, si elle n’a rien de certain en somme, alors elle n’est pas encore devenue une science. Pour être une science, en effet, selon Kant, il faut cesser d’avancer à l’aveugle sur un chemin sinueux et incertain ; il faut au contraire trouver la « voie sûre de la science », l’autoroute rectiligne, éclairée et qui nous pousse vers l’avant, infaillible, grâce au carburant de la méthode scientifique.

Inscription et sécurité

(14 octobre 2014)

Ce week-end, je me suis inscrite à l’agrégation. Étant donné que la date limite (le 21 octobre) approchait, et que je n’avais plus l’excuse du mois de septembre (je voulais avoir lu Mill avant de décider de la langue), et qu’une conversation très utile sur mon futur d’après l’agrégation avec mon directeur de mémoire m’avait rassurée, je me suis décidée à formaliser mon inscription.

La procédure était tout à fait simple, elle se fait à cette adresse et outre le fait que l’ENS n’est pas listée dans les établissements de formation de Paris (pourquoi ?), on n’est guère surpris par les questions posées (quoique : quel intérêt pour le ministère que je sois célibataire, en concubinage, pascée, mariée ou veuve ?).

À la fin de l’inscription, le site me donne mon numéro d’inscription et m’envoie un récapitulatif par e-mail. Assez étrangement, je n’ai pas choisi de mot de passe, et il suffit de ce numéro-là et de ma date de naissance pour accéder à mon dossier. Ce n’est peut-être pas si grave dans l’absolu, mais cela m’inquiète parce qu’un mail de la scolarité envoyé à tous demandait aux inscrits à l’agrégation de communiquer leur numéro d’inscription par e-mail à l’un des responsables du service. Cela commence à me sembler plus grave : il suffirait d’accéder à l’ordinateur du récipiendaire de ces e-mails (ou, plus simplement pour certains, à son compte informatique) et on pourrait ensuite avoir accès librement au dossier d’inscription de tout agrégatif (et, si l’on est particulièrement facétieux ou mesquin, changer des options, voire la matière d’inscription). J’ai donc décidé d’écrire au responsable en question en l’interrogeant sur l’usage qu’il ferait de ce numéro et en lui expliquant que, ne trouvant pas la communication de ce numéro d’inscription par e-mail sûre, je ne le lui enverrais qu’une fois la date limite des inscriptions et modifications passées (à savoir, le 21 octobre).

J’ai reçu ce matin une réponse de la part de ce responsable. Il me donne d’une part une liste de raisons, et il ajoute que mon message a été transmis à la direction, qui me répondra peut-être. J’ai beaucoup apprécié qu’il prenne au sérieux mes inquiétudes et qu’il me réponde par une liste assez précise. Le numéro, qui est exigé par la Direction, doit servir à : « avoir effectivement toutes les personnes qui se présentent à l’agrégation ; basculer ensuite au Ministère tous les candidats avec leur numéros attribués ; accorder les reports de stage par le Ministère aux Normaliens qui présentent l’agrégation ; d’envoyer ensuite au Ministère des certificats de ceux qui ont obtenus l'agrégation pour leur sortie ». La plupart de ces usages me semblent légitimes (même si, pour presque la totalité d’entre eux, je me demande pourquoi le nom et la date de naissance ne suffisent pas).

Je me rends compte, bien entendu, qu’il s’agit sans doute d’inquiétudes sans grande portée et qu’après tout, quelqu’un qui voudrait hacker le service de la scolarité pourrait tout aussi bien obtenir un accès à mon propre ordinateur. Cependant, j’ai pensé qu’il serait utile de poser la question, de sensibiliser un peu en sens inverse l’administration à ce genre de problèmes, et aussi de communiquer sur les résultats de ma petite enquête. Je suis d’ailleurs un peu surprise d’être la première à m’inquiéter de ce point-là, et je suis curieuse de voir si ceci aura d’autres conséquences (mais ne rêvons pas trop…). J’éditerai bien entendu ce post si jamais je reçois des échos de la direction.

Semaine 6

(14 octobre 2014)

La semaine 5 s’est beaucoup mieux passée que la précédente. La discipline de travail qui consistait à prévoir une quantité de temps de travail raisonnable, à ne pas accéder à internet du tout avant d’avoir accompli toute cette quantité de travail et à s’efforcer de se détendre et reposer dans tout ce qui n’était pas ce travail, a vraiment porté ses fruits. Je m’en suis d’autant plus rendue compte que les jours où je ne l’ai pas tout à fait respectée, cela a eu des répercussions nettes sur mon état général et sur ma disposition à travailler le lendemain. Ainsi, mercredi et jeudi soir, plutôt que de me reposer véritablement, j’ai été occupée par des activités qui relevaient en fin de compte du travail (quoique d’un travail non agrégatif), et je me suis sentie dès jeudi matin beaucoup plus fatiguée, et ma concentration récalcitrante. L’autre faiblesse du système, c’est qu’il fonctionne bien quand j’ai le loisir de travailler sans être interrompue, par des cours ou par des activités sociales. Sinon, quand il faut finir le soir ou tard en fin d’après-midi, l’ascèse imposée devient assez pesante (il est plus facile de se convaincre que les mails et les lectures distrayantes peuvent attendre 16h, plutôt que 21h…)

En revanche, j’ai aussi mieux compris deux éléments des conseils liés au problème de la déplétion de l’égo. Tout d’abord, je ne comprenais pas très bien pourquoi il était conseillé, d’une part, de ne concentrer sa volonté que sur une seule tâche, et de l’autre souligné que le fait d’entraîner sa volonté aide à augmenter ses capacités. S’il ne faut pas gaspiller sa volonté en tâches secondaires, quelle volonté utiliser pour son entraînement ? La solution est que le fait de prendre une habitude doit être vu comme une occasion d’entraîner sa volonté sur une faible ampleur d’une part, et d’autre part qu’une fois l’habitude prise, la quantité de volonté nécessaire pour la maintenir diminue grandement. Ainsi, l’intérêt des habitudes serait de nous donner un cadre d’exercice de la volonté mais aussi de libérer peu à peu cette volonté de tâches subalternes.

Ensuite, je me suis demandée s’il me faudrait renoncer aux activités extérieures à l’agrégation (notamment le yoga) qui pourraient me prendre de la force de volonté, puisqu’il me faudrait réserver sa « dépense » à la lecture et au travail. Bien sûr, le premier point sert déjà à apaiser cette inquiétude, mais une réponse plus importante m’a été inspirée par le proverbe chinois suivant, cité par l’une des professeures de yoga : « La tension, c’est ce que je vous pensez que vous devez être ; la relaxation, c’est ce que vous êtes ». En particulier, au yoga, l’objectif est d’être constamment aussi détendu que possible, réservant la tension de façon très ponctuelle pour la seule contraction des muscles nécessaires à la posture (détendez donc les muscles de votre visage, lissez votre front !) Mais d’une façon plus générale, soyez détendu, donc soyez ce que vous êtes (et acceptez d’être ce que vous êtes, avec vos limites et vos capacités), autant que possible, et réservez la tension, et l’effort aux situations où il est indispensable (comme lorsque vous essayez de vous dépasser). La solution est donc là : faire de la partie études le seul temps où de la tension peut survenir et aborder toutes les autres activités, et notamment le yoga, dans la détente, sans attentes, sans regard qui juge, sans efforts superflus qui conduisent à en faire trop.

De la semaine dernière, j’ai donc accompli mes objectifs de sérénité (malgré les bousculades puis les paresses du vendredi après-midi) et j’ai réussi à lire plus de 150 pages de Marx, un peu de Platon et une quantité raisonnable de Kant. J’ai aussi acheté un vélo, accomplissement crucial (et majeur) du week-end ! Pendant cette semaine-ci, j’ai l’intention de conserver le même rythme, tout en préservant plus jalousement mes temps de repos, d’essayer de conserver au moins la quantité de lecture accomplie et de voir venir pour le reste. Aussi, je vais essayer de parler, enfin, d’autre chose que de plannings !

Semaine 5

(06 octobre 2014)

(Ou : l’épuisement de l’égo)

Si je n’ai pas parlé de la semaine 4, ce n’est pas que je n’ai pas eu le temps, ou la motivation, de le faire, c’est tout simplement qu’elle n’a pas existé. Voilà. Peut-être pourrais-je être plus précise et dire qu’elle n’a pas existé pour moi, pour la bonne raison qu’il n’y avait pas de Moi mais simplement une bouillie informe, un amas flottant de cellules qui s’est traîné laborieusement d’heure en heure, épave emportée par les flots de l’oisiveté internautique, percluse de douleurs plus ou moins psychosomatiques, attirée inexorablement, comme une limace à l’âme de papillon de nuit, vers la consomption enflammée de la dissertation de samedi matin - mais ce serait quelque peu dramatique, de dire tout cela. Plus sérieusement, la semaine s’est passée en fatigue, en petits tracas physiques et en une absence totale de force de volonté. J’ai finalement reconnu dans la nuit de vendredi à samedi que je souffrais d’épuisement de l’égo et ayant passé la seconde partie du week-end à le restaurer, je me sens de nouveau vivante !

Mais l’épuisement de l’égo, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’une notion qui a été développée dans des recherches en psychologie expérimentale (notamment par Roy Baumeister, mais vous en trouverez aussi des illustrations dans Thinking Fast and Slow de Kahnemann) et dont la thèse majeure est que la volonté est une ressource de l’esprit qui n’existe que en quantité limitée. Elle est utilisée lorsque nous faisons preuve de volonté, c’est-à-dire lorsque nous nous contrôlons et faisons des efforts : que ce soit pour éviter de céder à nos désirs, pour faire preuve de discipline ou encore pour mettre en oeuvre nos capacités rationnelles. Une fois cette ressource utilisée, nos efforts suivants pour nous contrôler deviennent beaucoup plus difficiles. Par exemple : on vous demande de faire un effort cognitif important (comme retenir un nombre de plusieurs chiffres), puis on met à votre disposition un buffet de pâtisseries grasses et sucrées ainsi que de nourritures plus diététiques : vous aurez plus tendance à opter pour le sucre et le gras que ceux qui retenait un nombre de deux chiffres. C’est que votre volonté, fatiguée par la tâche cognitive, disposait de moins de ressources pour contrôler vos désirs et votre propension au plaisir. Quand cette ressource qu’est la volonté n’est pas seulement utilisée mais épuisée (parce que vous l’avez utilisée trop vite sans lui donner l’occasion de se reconstituer), vous sombrez dans les affres de la procrastination sans fin, de la fatigue mais aussi des mauvaises décisions et de la paresse intellectuelle.

Lorsque je me suis rendue compte que c’était là l’état où je me trouvais (et que même des tâches simples comme de la prudence à vélo dans Paris me semblaient insurmontables), je me suis attelée à reconstituer mes réserves. Comment fait-on cela ? Les remèdes sont particulièrement simples : manger, tout d’abord, parce que l’utilisation de la volonté se traduit par une consommation physique de glucose (d’où la difficulté de faire des régimes), puis dormir, et enfin se détendre et se divertir (s’octroyer du temps de détente sans culpabilité, passer du temps avec des amis, s’amuser).

Et sur le long terme, comment peut-on conserver cette ressource plutôt que de l’épuiser entièrement ? C’est là le plan sur lequel j’ai décidé de m’appliquer maintenant. Les premiers principes que j’ai mis en place aujourd’hui sont tout d’abord d’organiser (et de distinguer) ses temps de travail et ses temps de détente pour aider à lutter contre la procrastination. Ensuite, de rester raisonnable sur la quantité de temps de travail dans la journée (peut-être Marx m’a-t-il aussi inspirée sur ce point-là ?), en reconnaissant qu’il serait plus efficace de travailler moins mais tous les jours plutôt que de travailler bien quelques jours puis d’être incapable de ne rien faire pendant plusieurs jours : pour cela, j’ai donc décidé de commencer par 6 heures de lectures sérieuses par jour et 1 heure de révisions. Enfin, si la volonté est une ressource, il ne faut pas la dépenser inutilement mais la concentrer sur les tâches importantes. Dans ce cadre-là, j’ai décidé de me donner comme règle de ne pas accéder du tout à internet avant d’avoir fini ma « journée de travail », règle qui est sans exceptions, afin de ne pas gaspiller ma volonté à lutter contre le désir de procrastiner (puisqu’il est plus facile de ne pas commencer plutôt que de devoir arrêter de se distraire). Respectant ces principes-là, la journée d’aujourd’hui a été beaucoup plus agréable que celles de la semaine passée : j’étais détendue et en forme, j’ai travaillé jusqu’à environ 17h sans avoir le sentiment de me forcer ou de devoir lutter contre le désir de traîner sur internet et j’ai véritablement profité ensuite de la sérénité qui venait de ne plus rien avoir à faire [1].

Des objectifs de la semaine 3, j’étais parvenue à tout accomplir (à l’exception des deux articles que je voulais écrire). La semaine 4 a eu de vagues objectifs, mais je les enterrerai dans le champs des vérités qui ne sont pas bonnes à dire et qu’il est préférable d’oublier.

Et quant à la semaine 5 ? Plutôt que de me fixer des objectifs de performance,
j’ai décidé de me fixer des objectifs d’état mental d’ici la fin de la semaine
avoir lu, avoir appris et révisé ce que je lis et ce que j’écoute en cours, travailler de façon équilibrée tous les jours et me sentir heureuse de ma semaine dimanche soir prochain. Pour cela, je me suis constituée un programme avec 6h de travail par jour (plus l’heure de révision), un peu moins les jours avec plus de deux heures de cours, et j’ai l’intention de ne pas travailler du tout dimanche prochain. Sans doute parlerai-je du practice testing dans la semaine, parce que je l’utilise tout le temps et que je trouve cela vraiment très utile.

[1] Les sites que j’ai utilisés pour réfléchir à cette question sont notamment deux sites en anglais : celui d’un pasteur américain et celui de The Art of Manliness notamment pour les méthodes pour conserver la volonté sur la durée. On pourra évidemment se référer directement aux articles scientifiques et aux ouvrages de Roy Baumeister, ainsi qu’aux réflexions de Kahneman dans Thinking Fast and Slow sur les rapports entre Système 1 et Système 2, mais je me suis contentée de vulgarisation simple parce que je n’avais pas beaucoup de temps à y consacrer.

Semaine 3

(23 septembre 2014)

En raison d’un débordement du week-end sur le lundi, la semaine 2 ne s’est achevée que hier soir. Cela aura été la semaine des excuses.

Je suis fatiguée, Je n’ai pas envie, Je n’y arrive pas, Je ferai ça ce soir, ou demain, etc. À la réunion de rentrée de début septembre, les professeurs avaient beaucoup parlé d’effets psychologiques. L’effet psychologique d’une dissertation de sept heures, l’effet psychologique de se rendre compte qu’on ne sait rien et que les sujets sont, en fait, tellement plus compliqués que ce que notre naïveté d’hypokhâgneux ne nous laissait percevoir, l’effet psychologique de lire telle oeuvre plus que telle autre. J’avais trouvé étrange qu’ils parlent tant de réactions qui ne pourraient qu’être idiosyncrasiques et intimes. Pourtant, à la suite d’une séance de trois heures de commentaire bibliographique et l’énoncé de la kyrielle des auteurs que je n’ai pas encore lus, j’ai été prise d’un découragement sournois, et des efforts pourtant simples me sont devenus insurmontables.

Je l’ai dit, cela a été la semaine des excuses. J’ai tout de même réussi à finir la section I du Capital, à avancer un peu sur Mill, à lire l’article passionnant de la SEP « Phenomenology » et à intégrer dans ma routine de travail une nouvelle méthode d’apprentissage (que j’exposerai plus en détail prochainement). En termes d’organisation, consacrer des blocs horaires plus longs et moins éparpillés à une même oeuvre m’a semblé bénéfique, surtout parce que cela aide à se concentrer plus profondément et à avoir le sentiment d’avancer vraiment dans la lecture.

Pour cette semaine, j’ai pour objectif de continuer à lire de façon concentrée mais, idéalement, de réussir à augmenter ma vitesse de lecture - pour lire plus, mais surtout pour y passer moins de temps par jour. Je suis aussi en train de réfléchir à des moyens de limiter ma procrastination, surtout le redoutable trou du déjeuner dont ma motivation a toutes les peines à se relever. Parmi les options que j’envisage, il y a bloquer l’accès à internet à mon ordinateur à certaines heures, essayer de me reposer mieux et aussi de sortir pratiquer un sport pour briser le sentiment de retraite forcée tout en haut de ma tour. J’ai aussi l’impression qu’il serait utile de prêter plus attention à mes rythmes internes : les matins sont les plus efficaces, puis vient la traversée du désert du milieu de journée, jusqu’à la deuxième moitié d’après-midi où je me sens de nouveau calme et disposée à l’étude. Alors peut-être : me lever plus tôt ? prévoir des activités en extérieur, comme le sport, en début d’après-midi ?

Concrètement, d’ici dimanche je veux : finir Les Lois, atteindre la page 100 de Mill, lire les chapitres IV, V, VI et VII du Capital, commencer la Critique de la Raison Pure, faire du sport (yoga !) et écrire deux articles ici : un décrivant la méthode du practice testing (d’ici là, j’aurai trouvé une traduction satisfaisante) et l’autre résumant l’article « Phenomenology » (et vantant les mérites de la SEP, bien sûr !)