Semaine 6

(14 octobre 2014)

La semaine 5 s’est beaucoup mieux passée que la précédente. La discipline de travail qui consistait à prévoir une quantité de temps de travail raisonnable, à ne pas accéder à internet du tout avant d’avoir accompli toute cette quantité de travail et à s’efforcer de se détendre et reposer dans tout ce qui n’était pas ce travail, a vraiment porté ses fruits. Je m’en suis d’autant plus rendue compte que les jours où je ne l’ai pas tout à fait respectée, cela a eu des répercussions nettes sur mon état général et sur ma disposition à travailler le lendemain. Ainsi, mercredi et jeudi soir, plutôt que de me reposer véritablement, j’ai été occupée par des activités qui relevaient en fin de compte du travail (quoique d’un travail non agrégatif), et je me suis sentie dès jeudi matin beaucoup plus fatiguée, et ma concentration récalcitrante. L’autre faiblesse du système, c’est qu’il fonctionne bien quand j’ai le loisir de travailler sans être interrompue, par des cours ou par des activités sociales. Sinon, quand il faut finir le soir ou tard en fin d’après-midi, l’ascèse imposée devient assez pesante (il est plus facile de se convaincre que les mails et les lectures distrayantes peuvent attendre 16h, plutôt que 21h…)

En revanche, j’ai aussi mieux compris deux éléments des conseils liés au problème de la déplétion de l’égo. Tout d’abord, je ne comprenais pas très bien pourquoi il était conseillé, d’une part, de ne concentrer sa volonté que sur une seule tâche, et de l’autre souligné que le fait d’entraîner sa volonté aide à augmenter ses capacités. S’il ne faut pas gaspiller sa volonté en tâches secondaires, quelle volonté utiliser pour son entraînement ? La solution est que le fait de prendre une habitude doit être vu comme une occasion d’entraîner sa volonté sur une faible ampleur d’une part, et d’autre part qu’une fois l’habitude prise, la quantité de volonté nécessaire pour la maintenir diminue grandement. Ainsi, l’intérêt des habitudes serait de nous donner un cadre d’exercice de la volonté mais aussi de libérer peu à peu cette volonté de tâches subalternes.

Ensuite, je me suis demandée s’il me faudrait renoncer aux activités extérieures à l’agrégation (notamment le yoga) qui pourraient me prendre de la force de volonté, puisqu’il me faudrait réserver sa « dépense » à la lecture et au travail. Bien sûr, le premier point sert déjà à apaiser cette inquiétude, mais une réponse plus importante m’a été inspirée par le proverbe chinois suivant, cité par l’une des professeures de yoga : « La tension, c’est ce que je vous pensez que vous devez être ; la relaxation, c’est ce que vous êtes ». En particulier, au yoga, l’objectif est d’être constamment aussi détendu que possible, réservant la tension de façon très ponctuelle pour la seule contraction des muscles nécessaires à la posture (détendez donc les muscles de votre visage, lissez votre front !) Mais d’une façon plus générale, soyez détendu, donc soyez ce que vous êtes (et acceptez d’être ce que vous êtes, avec vos limites et vos capacités), autant que possible, et réservez la tension, et l’effort aux situations où il est indispensable (comme lorsque vous essayez de vous dépasser). La solution est donc là : faire de la partie études le seul temps où de la tension peut survenir et aborder toutes les autres activités, et notamment le yoga, dans la détente, sans attentes, sans regard qui juge, sans efforts superflus qui conduisent à en faire trop.

De la semaine dernière, j’ai donc accompli mes objectifs de sérénité (malgré les bousculades puis les paresses du vendredi après-midi) et j’ai réussi à lire plus de 150 pages de Marx, un peu de Platon et une quantité raisonnable de Kant. J’ai aussi acheté un vélo, accomplissement crucial (et majeur) du week-end ! Pendant cette semaine-ci, j’ai l’intention de conserver le même rythme, tout en préservant plus jalousement mes temps de repos, d’essayer de conserver au moins la quantité de lecture accomplie et de voir venir pour le reste. Aussi, je vais essayer de parler, enfin, d’autre chose que de plannings !