QUE FAIRE DU COLLEGE UNIQUE ?

 

Mis en place par la réforme Haby de 1975, le collège unique a été l'objet de constants remaniements dans sa forme. Aujourd'hui, c'en est le principe même qui est remis en question : le collège unique est dénoncé comme " maillon faible " du système éducatif.

Cette stigmatisation intervient dans le cadre plus général d’une crise de la citoyenneté. Or l’école, et plus particulièrement le collège est le lieu d’intégration et d’apprentissage de cette citoyenneté. Le prétendu échec du collège unique est-il structurel ?

Or sur ce problème, les clivages politiques sont très flous : fondée sur le principe d’égalité républicaine, cette réforme, mise en place par la droite, ne saurait être désavouée par la gauche. Ainsi, politiquement, le principe en est intangible : ce serait remettre en cause l’école, lieu par excellence de l’ancrage de la République, et d’exercice de la démocratie par la voie du mérite. Pourtant son efficacité laisse à désirer, et pédagogiquement de réels problèmes se font sentir, comme en témoigne la désaffection des professeurs à l'égard même du principe de collège unique. Dans cette étroite marge de manœuvre, le débat politique qui s’impose n’a jamais été entrepris.

-> L'échec affiché du collège unique est-il réel ?

-> Faut-il en abandonner le principe ou tenter de le réformer ?

 

I. Mise en place et réformes successives du collège unique : l’histoire d’une utopie républicaine ?

A/ L’ " école unique " et les origines de la République :

1) L’idée est soutenue pour la première fois par Ferdinand Buisson, ardent défenseur et constructeur de l’école élémentaire en France sous l’impulsion de Ferry, au tournant du siècle.

L’ambition serait de parfaire l’œuvre d’édification de l’école républicaine en unifiant dans la mesure du possible le niveau suivant l’école primaire, qui comporte 3 voie distinctes :

Organisation vivement critiquée car reproduisant clivages sociaux et géographiques (paris/province) En 1914 en effet, seulement 30 000 étudiants passaient le bac chaque année. L’inspiration sociale est jugée audacieuse à l’époque.

 

2) La gauche du Front populaire se devait bien sûr de reprendre ces aspirations ; c’est ce que tente Jean Zay, alors ministre de l’Education nationale, qui souhaite supprimer les classes élémentaires du lycée pour fonder une " école unique ". Il s’agit de créer un tronc commun au début du secondaire ; selon lui le rôle de l’école" est moins de pourvoir les élèves d’un bagage de connaissances utiles que de favoriser le libre et complet développement de leurs facultés. "

3) La droite crie aussitôt à " la bolchévisation de l’éducation " et Vichy met fin à l’expérience : l’école unique est qualifiée par Pétain de " mensonge ", ou encore d’ " école de division, de lutte sociale et de destruction nationale. " !!!

 

B/ L’après-guerre : comment reconstruire la France ?

La résistance porte en elle des aspirations à la démocratisation par l'enseignement qui ne seront concrétisées que dans les années 60 lorsque le contexte socio-économique s'y prêtera.

  1. L’avènement de la société de masse : la réforme Berthoin (1959).

Deux problèmes se posent alors dans la France gaulliste :

- l’avènement de l’école de masse

La réforme : - prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans

Mais la réforme ne touche pas à la répartition entre collèges et " petits lycées " : les deux structures parallèles subsistent de manière autonome, sans très peu d’espoir de passage de l’une à l’autre pour les enfants des classes défavorisées et finalement l’orientation est déterminée dès l’entrée en 6ème . En revanche les effectifs des CEG augmentent rapidement de plus d’un 1/3.

3) Un pas décisif : la réforme Fouchet-Capelle (1963) :

Pour la première fois est mise en place une structure unique pour accueillir les élèves de la 6ème à la 3ème. Par décret, le ministre Fouchet en 1963 crée les CES (collège d’enseignement secondaire). Les " petits lycées " à l’exception de quelques établissements, commencent à se détacher.

Cependant des filières nettement distinctes demeurent :

D’autre part, les CEG ne sont pas encore supprimés ; malgré les craintes de Pompidou, les études classiques restent la filière reine et élitiste. De Gaulle visait en effet non pas tant l’égalité des chances, que l’assurance d’un recrutement élargi des élites. C’est néanmoins la transformation progressive entre 1965 et 1974 des CEG en CES qui va devenir la matrice du collège unique.

 

C/ Le collège unique : entre utopie de gauche et pragmatisme libéral.

La réforme HABY (1975) :

    1. le contexte de la réforme :
    2. l’arrivée en 1974 de V. Giscard d'Estaing, élu sur un programme qui se veut libéral et moderniste, marque les aspirations fortes de la génération Baby-boum à plus de justice sociale dans la perspective d’un avenir prospère ; il s’agit désormais moins de démocratiser l’école que de démocratiser la réussite. Le contexte des Trente Glorieuses, en consolidant l’avènement des classes moyennes, fait pour ainsi dire parvenir à maturité l’utopie que la gauche portait depuis les années trente. D’ailleurs Giscard n’hésite pas à déclarer que " dans l’action réformatrice libérale avancée, il y a beaucoup d’idées de gauche qui doivent être mises en œuvre. " Pour cela il choisit non un politique mais un connaisseur hors pair du système éducatif, René Haby, passé par tous les échelons : instituteur, prof., proviseur, inspecteur général et recteur, il devait logiquement être l’homme de la situation ! A ceci près sans doute que, comme il l’avoue lui-même dans un entretien accordé au Monde le 5 avril 2001, la suppression des filières lui paraissait chose impossible encore au début des années 70 ; en le choisissant pour mener à bien la réforme, Giscard mise moins sur un homme de conviction et d’engagement que sur un expert. La réforme répond plus à un besoin qu’un projet politique d’envergure.

    3. le contenu :

C’est en faisant voter une loi que Haby unifie les structures administratives du premier cycle en supprimant

- l’orientation dès la 5ème

Le but de la réforme est de repousser l’orientation à la fin de la 3ème, d’unifier une même classe d’âge par un socle commun de connaissances et d’ouvrir plus largement l’accès au BAC et donc à l’enseignement supérieur.

Cependant la réforme Haby n’a pas su donner de directives claires à deux questions décisives :

D’où les réformes qui ne tardèrent pas à s’ensuivre.

Les réformes successives :

    1. 1982 : " la rénovation du collège unique "
    2. On ne peut qu’être étonné par la rapidité avec laquelle le besoin de réforme se fait sentir. L. Legrand ancien dir. De l’INRP propose un premier projet à A. Savary, ministre de l’EN, qui vise à assouplir les structures et à donner plus d’autonomie au proviseur.

      Par ailleurs, des ZEP (zone d’éducation prioritaire) sont crées, afin d’essayer d’enrayer par une politique de discrimination positive la reproduction sociale toujours aussi lourde.

      Les années 80 sont marquées par un écart de plus en plus grand entre l’idéal fixé par les politiques qui ont à gérer le seconde étape de la massification :en 1984, Chevènement alors ministre de l’EN, déclare vouloir mener 80% d’une classe d’âge à l’obtention du BAC, et la réalité des inégalités face à l’éducation : 1985, Passeron et Bourdieu publient les héritiers et A. Prost interroge : l’école s’est-elle démocratisée ?

    3. 1993-1997 : " un collège unique, mais pas uniforme "
    4. F.Bayrou lance en 1994 ses propositions pour " un nouveau contrat pour l’école " ; il ne cache pas son hostilité au collège unique qu’il qualifie de " collège inique ". les syndicats l’empêchent cependant d’agir.

      La division en trois cycles du collège : cycle d’observation (6ème), cycle central (5ème, 4ème) et cycle d’orientation (3ème) clarifie peu les choses. C’est la première fois qu’apparaît l’idée d’un enseignement non plus adapté mais diversifié. L’hétérogénéité des classes n’est plus considérée comme positive. Les prémisses de la réforme de Ferry sont sûrement à chercher là (Ferry travaille déjà me semble-t-il au CNP).

    5. 1999 : " le collège de l’an 2000. "

S. Royal s’appuie sur le rapport Dubet (sociologue), pour réaffirmer l'attachement de la gauche au principe du collège unique (qui ne mesure pas encore l’ampleur de la désillusion des profs) et la nécessité d’améliorer l’encadrement des élèves :

- promouvoir l’interdisciplinarité.

    1. 2001 : le collège unique dans la tourmente

Dernier ministre de l’EN de la gauche avant Ferry, J. Lang propose encore une fois des réformes qui vont une grande part inspirer Ferry. C’est lui qui parle notamment pour la première d’enseignement en alternance; dans son esprit " le collège unique reste à construire ", mais c’est sans compter que l’idéal du collège unique ne fait désormais plus l’unanimité. Le débat éclate avec J-L Melenchon qui parle du " soi-disant collège unique " et défend la création de filière d’orientation précoce qui déboucherait sur un " enseignement technique d’excellence ". Ce sont là les deux sources de la réforme de Ferry.

La publication d’un sondage commandé par la FSU (fédération des syndicats unitaires) révèle que les profs de moins de 35 ans sont plus de 70% à ne plus croire au collège unique sous sa forme actuelle. Même le principe d’un accès au bac le plus large possible est remis en cause par une majorité. Le décrochage avec le discours des syndicats est nettement sensible.

La prise de conscience de la violence qui frappe particulièrement au collège (75% des violence en milieu scolaire ont lieu au collège+ problème de l’ennui au collège qui préoccupe au plus haut point) s’inscrit dans un climat plus général et trouve un écho attentif dans l’opinion publique.

Enfin le constat que les égalités se creusent de plus en plus ( cf le discours de la " fracture sociale " largement repris ), faisant de l’école dans l’esprit de certains le lieu même de l’exclusion.

 

CONCLUSION : des chiffres équivoques (cf graphiques)

 

 

La multiplication des réformes successives montre l'incapacité politique à définir de manière claire et consensuelle les missions du collège unique.

II. Quelles sont les missions conférées au collège ?

En 1959, l’obligation scolaire est portée à 16 ans. L’école doit véritablement prendre en charge les élèves jusqu’à cet age. Le collège doit assurer à l'égard d'une nouvelle classe d'âge les missions dévolues à l’école : apporter à tous des connaissances scolaires, mais aussi faire faire aux élèves l’apprentissage de la vie citoyenne et de la vie en société. Cette mission est d’autant plus délicate à remplir, que le collège prend en charge les élèves à la période à la fois difficile et décisive de l’adolescence.

Et dans le contexte de modernisation sociale de la France d’après 1968, accompagné par la volonté politique du Président Giscard d’Estaing est créé le collège unique. Il doit répondre aux attentes de la société et mettre en fin à la criante différence d’accès à l’enseignement au travers des filières, alors que celui-ci concerne toute une classe d’age.

  1. Première exigence de principe : le collège doit avant tout être efficace, et assurer à la fois le passage au lycée et à l’enseignement supérieur pour une partie des élèves, et l’insertion professionnelle pour ceux dont la scolarité s’achève à la sortie du collège. L’institution scolaire doit permettre la réussite individuelle de l ‘élève. Parallèlement, elle assure le bon fonctionnement de la société, en permettant à chacun d’y trouver sa place.
  2. L’école républicaine
  3. - Répondre à un besoin de développement culturel de la nation d'élévation du niveau de connaissances, en assurant à tous un niveau de connaissances minimal. La réforme relève, dans ce sens, des mêmes préoccupations que celles qui ont conduit les dirigeants de la IIIe République à instaurer l'école primaire obligatoire. Presque un siècle après, il est normal que l'enseignement s'adapte à la réalité contemporaine. Il ne s'agit pas nécessaireemnt d'élargir le recrutement des élites, mias bien d'améliorer les compétences nationales dans tous les domaines.

     

    - Résoudre le problème de l'intégration en assurant à tous les citoyens un socle commun de connaissances. L'école comme facteur d'intégration à la fois ethnique et social, permet de resserrer les liens par la possession de savoirs communs, et concrètement par la fréquentation des élèves entre eux.

  4. L’école, facteur de démocratisation : l'égalité des chances ?

La création du collège unique correspond à une volonté de démocratisation de l'enseignement : faire que la filière d'enseignement soit déterminée par le mérite et non par l'origine sociale. Ainsi, au sein des CEG, le système des filières reproduisait les inégalités. En effet, une fois insérés dans une filière, les élèves ne peuvent plus en sortir, et une orientation précoce détermine l'aboutissement professionnel qui n'est donc pas un choix. C'est ce que doit permettre d'éviter le collège unique, en retardant le moment de l'orientation, et en laissant ainsi également à tous les élèves le temps de découvrir de nouveaux champs du savoir et de faire leurs preuves.

 

On peut donc donner du collège uique une version radicalement ou pas du tout progressiste (qui peut aller jusqu'à vouloir que le collège forme des ouvriers cométents, sans qu'il soit question de briser la reproduction sociale.) On trouve donc au fondement du collège unique la même équivoque que pour l'école primaire républicaine. Celle-ci était pensée comme instrument d'émancipation par les plus progressistes, mais ne visait qu'à faire des Français de bons républicains, pour les modérés.

Cependant dans le cas de l'école primaire, il y a à peu près accord sur les contenus de connaissances qu'elle doit apporter : les savoirs élémentaires (lire, écrire, compter). Or au niveau du collège, la question du contenu est beaucoup plus ouverte donc problématique. Doit-on délivrer un enseignement plus technique et plus utile à tous (si ce n'est accessible) ou un enseignement plus classique et plus exigeant ? Le collège souffre de sa position d'entre-deux entre école et lycée. Il doit à la fois conduire une part des élèves, la plus importante possible, vers le niveau supérieur, mais aussi prendre en charge la scolarité de tous de façon homogène.

Cette ambiguité fondamentale a jusqu'ici donné kieu à la seconde interprétation, apparemment la plus progressiste mais dangereuse. Cette interprétation est tout entière contenue dans la formule de Chevènement : " 80% d’une classe d’age au Bac ". Il semble cependant que ce type d'objectif procède d'un lourd contresens sur le collège unique, dans la mesure où cet idéal néglige la réalité, qui est celle de l'irréductible hétérogénéité des élèves, qu'il faut assumer. En effet le collège unique n'est pas un collège uniforme : à aucun moment il n’a s’agi de couler tous les élèves, aux profils et compétences divers, dans le même moule. Or c'est essentiellement ce qu'il est actuellement en se définissant comme la voie d'ccès vers un but unique. Il ne s'agit donc pas de ne pas vouloir améliorer le savoir des enfants, mais bien de réalité cette amélioration en fonction de la réalité. Or la diversité de cette réalité n'est pas qu'un obstacle, elle porte en elle ses solutions.

 

 

 

 

 

 

III. Critiques et solutions

  1. " le collège n’est pas unique "
  2. Ce constat fait très rapidement par les observateurs possède certains fondements.

    Ainsi, dans les faits, sont mises en place des procédures d'évitement : d’abord, au sein des établissements, par les classes de niveau. Pour des raisons pratiques, chefs d’établissement et professeurs les mettent en place, soutenus en cela par les parents. D’autre part, sur le plan géographique, l’équité assurée par la carte scolaire est largement battue en brèche. Les parents demandent des dérogations, voire choisissent leur lieu de résidence en fonction de la réputation de l’établissement de leur zone. Il existe donc une réelle ségrégation spatiale, qui tient évidemment aux différences initiales de situation entre les établissements français, mais encore renforcée par les stratégies des différents acteurs.

    Mais la critique vise surtout le principe de l’égalité des chances, que le collège unique est censé assurer.

    On reproche au collège de reproduire les inégalités sociales, parce que ce sont les enfants issus des catégories sociales les plus hautes qui obtiennent les meilleures notes. Critique insuffisante, procédant d’un point de vue dont les recherches sociologiques, depuis Bourdieu, ont montré la naïveté. D’autre part, ce sont les enfants issus des mêmes catégories sociales qu’avant qui accèdent à l’enseignement supérieur. Remarquons cependant que les proportions ont augmenté pour toutes les classes sociales : il y a donc tout de même plus de fils d’ouvriers qui accèdent au lycée. Il serait donc utopique de prétendre que le collège puisse briser la reproduction sociale. La question est de savoir s’il est un instrument efficace pour en limiter les effets.

    Et surtout, si le collège n’est pas tant une réalité qu’un horizon, cela justifie-t-il le fait qu’on y renonce ?

     

  3. L'"hypocrisie" du collège unique
  4. Certains en remettent en cause le principe même : préjudiciable à tous, le collège unique n'est pas efficace. L’ingérable hétérogénéité des classes conduirait à la baisse de niveau pour les plus forts sans même parvenir à assurer la remise à niveau des plus faibles et créerait donc une école moyenne. L’argument de la baisse de niveau peut être discuté : en effet l'idée que les plus forts progressent plus en restant entre eux ne fait pas concensus parmi les analyses, alors qu'il est prouvé que les plus faibles progressent nettement plus en étant mélangés à des plus forts. De plus, il semble que le collège soit surtout tiré vers l’objectif du lycée. Ainsi les professeurs témoignent qu’en 4e/3e ils sont contraints d’ "abandonner "ceux qui n’arrivent pas à suivre pour finir les programmes.

    Ainsi, l'hétérogénéité des classes ne leur permet pas de prendre en charge ceux qui ont besoin d'une aide spécifique. Or un certain nombre d’enfants ne savent pas lire à leur entrée en 6e.Et c’est un fait que nombre de ceux qui arrivent en 6e sans les pré requis sont toujours en difficulté quand ils sortent de 3e. Le collège n’assure pas sa mission à l’égard de ces enfants dont il a la charge. Ainsi, loin de réduire les inégalités, le collège unique ne les accentue-t-elle pas en sacrifiant les plus faibles au sein des classes hétérogènes ? Il entretiendrait un cercle vicieux en entraînant la relégation des plus faibles qui renoncent à suivre. Le mauvais fonctionnement de la procédure de redoublement, souvent mal acceptée par les parents, et ne donnant pas toujours des résultats, montre aussi l’incapacité du collège à s’adapter aux élèves les plus faibles.

    Or ce maintien dans l’échec scolaire d’une certaine frange des élèves a aussi des conséquences désastreuses pour l’institution elle-même et la société. En effet, ne trouvant pas leur place au collège, qui ne leur renvoie qu’une image négative d’eux-mêmes, certains sont portés à la violence, ce qui crée une situation explosive dans certains établissements. Le développement des incivilités, fréquemment dénoncé par les professeurs (même s’il est amplifié par les médias) trouve aussi sa source dans l’ennui de certains jeunes au lycée. Il est donc d’autant plus urgent d’y remédier.

    On propose ainsi un enseignement qui mette en valeur les capacités de chacun, plutôt que de vouloir faire entrer tous les enfants dans un même moule. Ainsi certains élèves sont portés jusqu'à la fin du collège sans finalité apparente.

    C’est dans cette optique que s’inscrivent les propositions de J-L. Mélenchon, Ministre délégué à l’enseignement professionnel dans le gouvernement Allègre. Il préconise de respecter une synchronie des ages, c’est-à dire que des filières professionnelles à partir de la 4e soient intégrées au sein des lycées professionnels. Cela éviterait aux élèves en difficulté de se retrouver confrontés à des élèves plus jeunes et plus brillants. Ce type de proposition revient à recréer des filières professionnelles et donc à supprimer le collège unique dans son principe.

     

  5. le collège comme antichambre du lycée
  6. Une critique plus constructive consiste à remettre en cause non le principe d’enseignement commun jusqu’à 16 ans, mais sa mise en œuvre. En effet, la réforme n'a pas été menée jusqu'au bout : elle souffre de l’absence de définition du contenu de l’enseignement qui devait être délivré au collège. Tous font référence à ce " socle commun de connaissances " qui doit être enseigné. Cette réflexion n'a pourtant jamais été entreprise, ou plutôt l'application n'en a jamais commencé. Il devait en effet initialement y avoir des enseignements substantiels de technologie, des notions d’économie, ce qui pourrait être actuellement l’initiation aux nouvelles technologies. Mais d’emblée, le collège a d’une certaine façon été confisqué par les élites. Les programmes ont été calqués sur ceux du lycée. Ce sont ceux d’un enseignement général et classique devant conduire au bac.

    Ainsi le collège souffre de sa situation mal définie entre deux pôles nets. Dans sa forme actuelle, il est en rupture avec l’école primaire. Cette rupture, qui passe à la fois par une mauvaise coordination et un changement total de méthodes, constitue aussi un motif de sa relative inefficacité. Il a tout entier été ramené à une phase pré-lycée, alors que moins de la moitié d'une classe d'age passe au lycée. C'est ainsi la première partie du cycle dit secondaire. Plus encore que les programmes, ses méthodes d'apprentissage, la division disciplinaire, sont calquées sur celles du lycée. Ses enseignants ne font pas l'objet d'un recrutement spécifique, alors qu’au tout début ils étaient bivalents. L’absence de coordination entre les disciplines et au sein de l’équipe pédagogique se révèle très néfaste. Le BEPS n'a quasiment aucune valeur, et en fait tout le cycle secondaire est orienté vers le bac. Ainsi le collège, 2e palier de l’enseignement, et où s’arrêteront un certain nombre d’élèves, ne possède pas d’identité en lui-même. A manqué l'invention d'une nouvelle culture scolaire.

    Il est donc indispensable de réaffirmer les rôles distincts du collège et du lycée : si le collège est le lieu de la différenciation, le collège est celui de la diversification. L'enseignement technique est très faible, alors que le collège devait être unique et non uniforme, ce qui implique qu’on favorise la souplesse des parcours. Il faut donc développer l’orientation positive, de sorte que les voies techniques n’apparaissent pas comme des voies de relégation pour ceux qui ne sont pas capables de suivre l’enseignement général, mais comme le produit d’un choix.

     

     

  7. Quelles solutions pour le collège unique ?
      1. Conserver le collège unique en l’adaptant

C’est la direction prise par la réforme Lang, préconisée par Dubet, qui va jusqu’à dire que le collège unique est efficace et nécessite seulement des adaptations pédagogiques. Elle passe par deux lignes directrices :

- des classes transitoires en 6el

- le développement du travail en petit groupe sur des contenus identiques.

Ce type de mesures ponctuelles permet aux élèves de rattraper leur retard , tout en les maintenant dans le système et ainsi en refusant une orientation précoce.

- Le renforcement de la cohérence de l’enseignement par

- la formation d’une véritable équipe pédagogique (quelques professeurs bivalents) qui travaille en coordination - - la mise en place de parcours croisés (itinéraires de découverte) qui mettent en relation les différentes disciplines

- le choix d'options

- une véritable évaluation individuelle au début et à la fin du collège (brevet d'études fondamentales)

Ces mesures doivent renforcer la cohérence interne du collège, permettre à l'élève d'élaborer un véritable projet pédagogique indi viduel.

Il est donc clair que certains points peuvent être améliorés, notamment en faisant plus un "collège pour chacun". Cependant, cela est-il suffisant ?

      1. autonomie de l’établissement

Dans ce type de réformes, comme dans celle proposée par Ferry, une plus grande autonomie est envisagée pour les établissements dans la mise en œuvre locale des structures pédagogiques. Cette tendance peut sembler au premier abord contradictoire avec le principe du collège unique. Elle procède cependant de la prise en compte depuis les années 80, avec la progression dans l’analyse sociologique, de l’ "effet établissement ". C’est-à-dire que chaque établissement constitue un système, cohérent en lui-même mais dont la situation est très variable selon les catégories socioprofessionnelles représentées, la situation géographique… On a ainsi accordé aux établissements une certaine marge d’autonomie avec le conseil d’administration, leur projet d’établissement. N’étant pas confrontés au même difficultés, ils doivent avoir une marge de manœuvre pour s’adapter à la demande et y répondre efficacement. Cette autonomie doit néanmoins être bien contrôlée au niveau académique et central, et surtout être corrélée à la mise en réseau des collèges entre eux, sans quoi on ne peut que craindre une aggravation de la ségrégation spatiale.

 

 

c)La diversification interne

-> La réforme de Ferry : collège unique, parcours multiples.

Aucun texte officiel ne donne pour le moment le contenu exact de ce que sera la réforme. On peut cependant d’après les différentes sources en appréhender les grands traits.

  1. Le but de la réforme et son inspiration :
  2. Le but affiché : - conserver une structure unique qui garantisse l’acquisition de savoirs fondamentaux et définir ces savoirs.

    Inscrite dans un contexte plus général de décentralisation, la réforme entend renforcer la marge de manœuvre laissée aux chefs d’établissements préférant donner une orientation générale, plutôt que des directives fermes, et s’appuyer sur la liberté d’initiative du corps enseignant et des élèves ( ?) Elle est en étroite connexion avec la mise en place et valorisation des " lycées des métiers ", projet central inspiré par J-L Mélenchon qui vise à faire de la filière technique " la voie de l’excellence " : il s’agit de faire de l’ " orientation " est choix positif pour l’élève et la famille. Enfin elle prend en compte l’apport des nouvelles pédagogies, plus centrées sur l’individu.

    1. les mesures et leur application :
    2. - la consolidation de la 6ème : évaluer et repérer rapidement les difficultés de l’élève, aider à son intégration dans l’espace du collège, maintien et renforcement du tutorat, aménagement des horaires selon l’établissement (25 heures)

      • les classes de découverte des métiers : le cycle central (5ème/4ème) :

      objectifs : autre manière d’aborder le programme dans une optique pluridisciplinaire

      créer une rupture salvatrice par un changement de lieux, d’interlocuteurs, d’activités

      moyens : contrôles des solutions offertes

      mise en place de dispositifs singuliers plutôt que de nouvelles structures

      formation des professeurs à diversifier méthodes et à conseiller pour orientation

      application : contacts établis entre les collèges et entreprises + interlocuteurs locaux, laissés à la libre initiative du chef d’établissement.

        • la 3ème : classe d’orientation.

      L’élève aura fait à la fait de la 4ème un choix motivé et réfléchi qui permettra d’approfondir l’option choisie ; dans le cas de la " découverte professionnel " l’approfondissement pourra se faire en dehors du collège en partenariat avec les lycées professionnels ou des entreprises, voire peut amener à une totale prise en charge par le lycée professionnel (solution déjà expérimentée dans plusieurs académies).

        • le brevet d’études fondamentales (BEF) mis en place par Lang

      permettra de contrôler l’acquisition des connaissances fondamentales tout en dotant d’un fort coefficient l’option choisie. Le but est de supprimer les différentes sections (générale, professionnelle, technologique) existant jusqu’alors.

      1. Remarques :

      -> comment faire en sorte que l’enseignement par alternance n’aboutisse pas à une orientation précoce ?

      -> quels seront les professeurs chargés de l’enseignement optionnel ?

      comment dispenser un enseignement technologique d’égale qualité ? la réforme ne dit pour le moment rien de précis sur le problème central de la définition de ces savoirs.

      -> comment améliorer l’information et le dialogue entre les différents acteurs : élèves, parents, équipe pédagogique et intervenants extérieurs ?

       

       

       

      Conclusion :

      1/ De nombreuses mesures ont été prises qui auraient dû ou pu améliorer la situation. Or elles se sont heyrtées à des blocages. Ces blocages montre la nécessité d'une réflexion générale au sein de la société sur le collège unque. Il y a là une claire responsabilité des politiques, qui l'ont jusqu'à présent éludée. Or un débat doit être entrepris sur la définition de l'école, que met plus largement en jeu le problème du collège unique. Ce débat doit associer tous les acteurs : enseignants, parents, élèves. On constate en effet un défaut d'information des acteurs chargés de faire fonctionner le collège, tant les parenys, qui ne sont pas toujours en mesure dd'effestuer les choix d'orientation, que les professeurs, confrontés à l'accumulation de directives non cohérentes. Il y a vraiment là de la part du politique une fuite de ses responsabilités, qui apparaît notamment dans la manière de réformer depuis 15 ans : par l'accumulation de circulaires, et non par une loi d'orientation générale.

      2/ Si tous d'accord sur la nécessité de procéder à une valorisation de l'enseignement technique, cela implique une remise en cause plus large, de la part de la société, de la hiérarchie des savoirs. Cela est-il possible?

      3/ C’est bien parce que le collège unique fut un projet de société ambitieux, dont l’idéal est bien loin d’être réalisé, qu’il apparaît aujourd’hui comme un échec. Cet idéal, c’est l’idée selon laquelle c’est par l’école et à l’école que doit se régler le problème des inégalités sociales. Faut-il remettre en cause cette idée ?

       

       

       

       

       

      Bibiographie :

      Site de la documentation française http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossier_actualite/college_unique/

      Site du Monde, dossier de 2002 sur le collège unique

      Site de l’Education Nationale http://www.education.gouv.fr/

      Le monde de l’éducation , février 2003, dossier sur le collège unique

      Un siècle d’éducation républicaine de Gaillard (points seuil)

      F. Dubet, L'hypocrisie scolaire

      Autres sources:

      Les lieux de mémoire I (article sur F.Buisson) de Pierre

      rapport Cahuzac-Delahaye janvier 2003.

      Le collège de l'an 2000, 1999, rapport de Dubet, Duru-Bellat, Gauthier et Bergougnioux

       

       

       

      Synthèse réalisée par Hélène Harder et Anne Le Goff

      Avril 2003